20.45
Sue perdue
dans Manhattan
Film
d'Amos Kollek (États-Unis, 1997-1h30mn) - VOSTF Scénario : Amos Kollek
Avec : Anna Thomson (Sue), Matthew Powers (Ben), Tahnee Welch (Lola),
Tracee Ellis Ross (Linda)
Photographie : Ed Talavera
Son : Theresa Radka
Décors : Charlotte Bourke
Montage : Liz Gazzara
Musique : Chico Freeman
Production : Orly Films, Paradis Films ARTE FRANCE / ARD
Prix de la Critique et Prix Œcuménique au Festival
de Berlin 1998
Dans
l'univers cruel et indifférent de Manhattan, l'histoire
poignante d'une femme qui bascule. Anna Thomson, magistrale et diaphane,
illustre une impossible réconciliation avec le bonheur.
Sue a la quarantaine. Élégante, discrète, elle cache sa sensualité derrière
de grosses lunettes noires. Seule, elle déambule dans New York et cherche
désespérément un travail pour payer son loyer. Les hommes se retournent
sur son passage. Elle aime leur donner des petits bouts d'elle-même,
dialoguer avec un inconnu pourvu que son regard laisse percevoir compassion
ou désir. De rencontres en désillusions, Sue, barque ivre, se laisse
porter par le flot de Manhattan qui l'attire et la ronge, jusqu'à l'engloutir.
S.O.Sue
Actrice fétiche d'Amos Kollek, puisqu'on la retrouvera dans Fiona (1998)
et dans Fast Food, Fast Women (2000), Anna Thomson incarne ici la sirène
maladive des trop grandes villes. Femme à la dérive dans un Manhattan
fourmillant, elle semble vivre un cauchemar éveillé. Seule, vulnérable,
maladivement gentille, Sue est comme assoiffée de contacts humains.
Elle vit des rencontres douces et positives avec Ben ou Linda, d'autres
plus ambiguës, presque agressives, avec Lola et les multiples inconnus
auxquels elle se donne. Le sexe est le seul rapport à l'autre que contrôle
Sue. Hagarde, défaite, elle recherche les contacts tout en les fuyant.
Dans son inadéquation au bonheur, Anna Thomson évolue telle une funambule
entre sa dignité élégante à la Audrey Hepburn et l'abîme qui s'élargit
sous ses pas fragiles. Son visage et son corps, tantôt repoussants,
tantôt attirants, déconcertent avant de fasciner. Avide et pâle, la
beauté unique de l'actrice envahit l'écran. Tourné entièrement en caméra
à l'épaule, presque sans répétition, le film ne tombe jamais dans l'agitation
gratuite. Au contraire, des plans aussi superbes que précis, inscrits
dans la durée même de la vie, tressent une couronne de grâce à cette
descente aux enfers. Insoutenable et beau.
Le
film vu par les Inrockuptibles
00.10
Ne me demandez pas si j'aime
Documentaire d'Eva Kammerer sur le cinéaste Amos Kollek (Allemagne,
2000-1h03mn)
Réalisateur
de Sue perdue dans Manhattan et fils de l'ancien maire de Jérusalem,
Amos Kollek vit en Israël et travaille à New York.
Interrogé en Israël et à New York, au travail et en famille, le cinéaste
Amos Kollek évoque son enfance, sa vie entre deux pays, et bien entendu
ses films. Son père, Teddy Kollek, a été maire de Jérusalem pendant
vingt-huit ans. Grâce à lui, le jeune Amos a fréquenté très tôt des
célébrités israéliennes et américaines, de Shimon Pérès à Frank Sinatra.
Fasciné par les stars, Amos "apprend l'anglais en déchiffrant les autographes
des acteurs". Pourtant, il débute en tant qu'écrivain (son premier roman,
Ne me demandez pas si j'aime, est paru en français aux Éditions
Stock). Il adapte son propre livre à l'écran, et réalise ensuite une
comédie sur une Américaine au kibboutz, Goodbye New York. Mélange
de fiction et de documentaire, Double Edge (1992) lui permet
de filmer Faye Dunaway en train d'interviewer des leaders israéliens
et palestiniens - et de régler quelques comptes avec son pays. Fasciné
par les marginaux, Amos Kollek réalise de nombreux entretiens avec les
prostituées de New York, qu'il fait ensuite interpréter par des actrices
dans Whore 2. Mais il faut attendre la rencontre avec Anna Thomson
et l'aventure de Sue perdue dans Manhattan (un tournage presque
entièrement improvisé, caméra à l'épaule, en décor naturel) pour obtenir
enfin la reconnaissance internationale…