Dans la rue
proposera des rencontres avec ceux qui vivent et ceux qui travaillent dans la rue. Gens de la rue, anthropologues, médecins, chercheurs, bénévoles. Nous privilégierons l'approche socio-politique du terrain. Les marges vers lesquelles les gens de la rue sont poussés sont autant les marges de la société, que celles de leur propre corps et leur pensée. Qu'en est-il de la fameuse réinsertion sociale ?

Dans les prochaines semaines, vous pourrez suivre les entretiens réalisés avec Denise Chottard, membre du DAL.

Mohamed Belhlaoi | Hocine Elabd | Jacques Hassin | Daniel Terrolle | Patrick Gaboriau | Carole Amistani | Hubert Prolongeau

Mohamed Belhlaoi
Mohamed Belhlaoi Entretien effectué le 22/02/2001
Y avait un cuisinier qui s'appelait Kader et que moi j'l'ai aidé au départ, et voilà, tout c'qui faisait, moi j'regardais et lui il était pas quelqu'un qui voulait pas m'apprendre… Bon ça a été vite vu. C'était quand on veut on arrive à apprendre des choses que si on les aime si elles sont bien. Si c'était dans un restaurant, peut-être je l'apprendrais pas … Peut-être je choisirais pas ce métier, mais, c'est la galère, parfois on est obligé et on tombe dans des endroits, comme le nôtre, comme La Chorba et faut faire à manger pour les autres et voilà. On apprend et en plus on s'fatigue même pas, parce que c'est pour les autres qu'on le fait.

Hocine Elabd
Hocine Elabd Entretien effectué le 22/02/2001
Parce qu'y en pas beaucoup qui pensent à l'été, y s'en vont tous en vacances, on dirait que les SDF, y partent en vacances. Y z'ont pas de vacances, y' z'ont pas d'argent déjà. Alors, encore plus y z'ont pas à manger l'été, c'est (…) Ca veut dire, chais pas, j'ai déjà dis ça à quelqu'un d'autre mais ca veut dire on a peur qui meurent. C'est tout, c'est pour ça qu'on leur donne à manger l'hiver, l'Etat a peur que les SDF meurent, c'est pour ça qu'il leur donne à manger sinon, l'été bon, y s'en foutent, y fait chaud, y va pas crever de froid, même qu'il a faim c'est pas grave. Mais il les laisse quand même se démerder à leurs moyens. Et leurs moyens c'est quoi ? C'est casser les voitures, c'est voler les touristes c'est faire ???? Pour manger et au contraire y pensent pas bien.

Jacques Hassin
Jacques Hassin Entretien effectué le 22/02/2001
Anesthésiste réanimateur de formation, il consacre sa thèse de troisième cycle en Ethique médicale à "L'Emergence de l'approche médico-sociale de la Grande Exclusion".
Depuis 1992, toute son activité est dévolue aux sans abris. En 1996, il est nommé directeur de l'antenne médicale du CHAPSA. Jacques Hassin est également directeur scientifique de l'Observatoire de la Grande Exclusion. Engagé auprès du SAMU Social de Paris, il collabore avec Xavier Emmanuelli.

Daniel Terrolle
Daniel Terrolle Entretien effectué le 1/03/2001
Né en 1949, dans une famille petite bourgeoise provinciale, catholique mais de gauche, j'ai une formation universitaire en philosophie puis, je me suis orienté vers l'ethnologie et l'anthropologie. Depuis ma thèse d'ethnologie (sur la mémoire d'un quartier de chiffonniers de Saint Ouen) avec C. Pétonnet, je travaille sur les SDF depuis 1991 et sur leur mort depuis quatre à cinq ans.
Enseignant à l'Université Paris 8 depuis 1974 (où j'ai un réel plaisir à transmettre et à investir dans la pédagogie), j'y suis maître de conférences en anthropologie et je suis membre du Laboratoire d'Anthropologie Urbaine (CNRS/Ivry) depuis sa fondation.
Je réside en province par goût. Marié, père d'une fille, je pratique la musique avec plaisir (piano classique, violon traditionnel). Je suis attentif également à m'engager et à soutenir des actions conformes à ma formation (Lutte des sans-papiers) et à mes choix idéologiques qui ne goûtent guère le " politiquement correct ", le " consensus " et le " conformisme " qui annoncent, dans le champ social et culturel, les funérailles du sujet. Athée, je n'investis aucun espoir dans un monde de l'au-delà, et me contente d'essayer de comprendre et de rendre supportable cet ici-bas que je traverse avec mes contemporains, avec un désespoir qui se voudrait serein.

Patrick Gaboriau Entretien effectué le 12/03/2001
Patrick Gaboriau possède une formation pluridisciplinaire en sciences humaines. Il est docteur en psychologie, en linguistique, et docteur d'Etat en anthropologie. Chargé de Recherche au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), il dirige des thèses à l'université de la Sorbonne, René Descartes-Paris V, et est membre du Laboratoire d'Anthropologie Urbaine (LAU) d'Ivry-sur-Seine.
Issu d'un milieu ouvrier de l'ouest de la France, ses recherches, menées en milieu urbain, portent sur l'interaction des éléments sociaux et psychologiques. Il a conduit des études sur le terrain en France, en Californie, et en Russie. Avant d'obtenir un poste de chercheur, il a longtemps travaillé sur contrat. Il a notamment publié Clochard, l'univers d'un groupe de sans-abri parisiens (Julliard, 1993), La civilisation du trottoir (Austral, 1995), et SDF à la Belle Epoque (Desclée de Brouwer, 1998).


Carole Amistani Entretien effectué le 13/03/2001
A 31 ans, je suis en fin de doctorat au département des Sciences de l'Education à l'université Paris 13 (soutenance prévue en début d'été 2001). J'ai démarré la sociologie à l'université Paris 8 où je découvre, grâce à quelques enseignants pleins de passion, la recherche en ethnologie vers laquelle je m'oriente à partir de la maîtrise. C'est alors que je participe à une recherche sous contrat financée par le Plan Urbain sur les SDF dans l'espace public.
Puis j'obtiens mon DEA à l'université Paris 10 en 1994, où je ne suis malheureusement pas encouragée à rester pour la thèse : mon sujet sur les SDF à Paris détonne avec les - plus classiques - études africanistes ou indianistes. Les étudiants qui " travaillent du fond de leur lit " (dixit le directeur du département de l'époque, pour désigner ceux qui s'intéressent aux gens de leur environnement, vivant à proximité, et parlant la même langue - à quelques nuances près - autant dire les chercheurs en ethnologie urbaine ) sont alors pénalisés par le choix de sujets d'étude jugés indignes d'une ethnologie de renom !
Après deux années de (remise en) questions, je me décide à m'inscrire en thèse à Paris 13, qui m'accueille avec plus d'enthousiasme. Je me tourne plus particulièrement vers les femmes sans domicile et inscrit mon " terrain " d'étude dans des lieux d'accueil d'urgence dans lesquels je fais des rencontres riches d'enseignements à de multiples égards.
En 1997, je commence à enseigner, dans la même université et dans des écoles ou centres de formation extérieurs (Ecole Supérieure Montsouris, BUC Ressources, CRESIF…) où je fais des interventions ponctuelles ou régulières. En 1998, j'obtiens un demi poste d'ATER (attaché temporaire d'enseignement et de recherche) qui s'achève en été 2000. Je participe, entre temps, à la première étape d'une recherche-action dirigée par deux associations de Seine et Marne qui se préoccupent du sort des familles vivant en abris de fortune ou caravanes à la lisière des villes voisines. Je poursuis aujourd'hui quelques interventions et enseignements à temps (très) partiel et me concentre sur la fin de l'écriture de ma thèse.
Demain… ? Publier mes travaux ? Continuer à comprendre, à dire, à écrire ? Participer à quelques initiatives qui touchent au " monde de la rue ", lesquelles, comment ? Trouver un poste d'enseignant ? Reprendre aussi des activités de loisir ? Faire une famille ? Tous les projets me semblent possibles…

Hubert Prolongeau
Hubert Prolongeau Entretien effectué le 23/03/2001

Journaliste indépendant depuis 1986, il a travaillé avec "Télérama", "Libération", "Le Monde diplomatique" et aujourd'hui "Le Nouvel Observateur".
Il est l'auteur de nombreux ouvrages (Documents: la vie quotidienne en Colombie au temps du cartel de Medellin, 1992 - Sans domicile fixe, 1993 - Une mort africaine, 1995 - Lourdes, sa vie, ses œuvres, 1997 - Le curé de Nazareth, 1998 - Partis sans laisser d'adresse, 2001) et romans ( La colombe blanche, 1998 - L'oeil de Diderot, 1998 - Le cauchemar de d'Alembert, 1999 - La nièce de Rameau, 1999).

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