Nackt (Nu intégral) Allemagne 2002, 100 min. De Doris Dörrie Avec Benno Führmann, Heike Makatsch, Jürgen Vogel, Alexandra Maria Lara, Nina Hoss, Mehmet Kurtulus >> German Cinema
Synopsis : Six amis de longue date (trois couples plus exactement) se retrouvent un soir pour faire bombance ensemble. Beaucoup de choses ont changé dans les mois qui ont précédé, y compris dans leurs relations. Soucieux de savoir dans quelle mesure ils sont encore proches les uns des autres, ils se lancent dans une expérience qui pourrait bien changer leur vie.
Critique : L'un des grands atouts de Doris Dörrie est que l'on ne sait jamais ce qu'elle va nous réserver dans son prochain film. Pour le dernier, ERLEUCHTUNG GARANTIERT (2000), elle était allée dans un monastère tibétain avec sa caméra DV, mais cette fois, c'est plutôt un voyage intérieur qu'elle nous propose. Dörrie a réuni pour ce film une demi-douzaine de jeunes acteurs allemands parmi les plus prometteurs (Benno Führmann, Heike Makatsch, Jürgen Vogel, Alexandra Maria Lara, Nina Hoss, Mehmet Kurtulus), et les a lancés les uns contre les autres… Contre, tout contre ? On ne sait pas très bien. D'ailleurs, les trois couples n'en savent rien non plus, là est bien le problème. Qu'est-ce donc que l'amitié ? Qu'est-ce que l'amour ? Tous s'interrogent en permanence sans parvenir à trouver une réponse. Alors, ayant englouti le canard, ils se lancent dans un étrange jeu de société : quatre d'entre eux doivent se mettre tout nus et tenter de reconnaître leur partenaire en le ou la touchant. On joue pour de l'argent et autres objets précieux, mais l'enjeu va bien plus loin. Dörrie veut creuser l'essence des relations humaines, définir ce qui différencie exactement l'amitié de l'amour. Combien de temps une liaison amoureuse peut-elle tenir ? Et l'amitié, sur quoi est-elle basée ? En fin de compte, le film soulève plus de questions qu'il ne peut et ne veut en résoudre.
Reconnaître son partenaire au toucher n'est pas aussi simple qu'il y paraît, et on ne se rend pas bien compte que l'arbitre est en train de tricher. Il peut prétendre que la personne identifiée au toucher n'était pas leur partenaire, même si c'est faux. En conséquence et surtout à cause de la mauvaise conscience que chacun ressent de n'avoir pas reconnu son partenaire, les couples finissent par sortir de l'impasse et prennent un nouveau départ. Tout est bien qui finit bien…
Les décors de Bernd Lepel jouent un rôle tout particulier dans ce film. Chacun des couples prépare chez lui sa contribution au repas commun, et déjà leur cadre de vie en dit long sur eux. Des dialogues précis et pointus, des couleurs contrastées et une caméra inventive (Frank Griebe) font du dernier film de Doris Dörrie un psychodrame intelligent où le nu intégral est à l'honneur… Le titre tient donc ses promesses.