Son frère (France 2002, 95 min.) Réalisation : Patrice Chéreau Interprètes : Bruno Todeschini, Eric Caravaca, Maurice Garrel, Antoinette Moya, Fred Ulysse Compétition IFB 2003
Synopsis : Thomas se meurt d’une maladie du sang. Désorienté, il se rend chez son frère Luc qui l’accompagnera désormais jusqu’à ses derniers jours.
Critique : Suite au film choral « Ceux qui m’aiment prendont le train » (1998) Patrice Chéreau avait ressenti le besoin de se concentrer sur une histoire simple et autours de deux personnages. L’histoire d’ « Intimacy » (Ours d’Or en 2001) s’ancrait ainsi dans un univers clôt (un appartement londonien), Chéreau étant animé principalement par l’idée de la captation des corps, de leurs mouvements, de leurs étreintes. Aujourd’hui « Son frère » adapté d’une nouvelle de Philippe Besson relève de la même démarche, la poursuite de l’enregistrement d’une intimité, ici entre deux frères, une relation qui se trouve paradoxalement revisitée et vivifiée dans la perspective de la mort de l’aîné. La grande réussite du film provient comme souvent chez le cinéaste français de sa musicalité particulière, celle des dialogues, des chevauchements de phrases, d’un respect marqué pour les silences et les sons environnants. Pour ce récit très sombre et servir sa partition, Chéreau s’approche intensément de ses deux comédiens, Bruno Todeschini, meurtri, et Eric Caravaca, symbole du regard. Ensemble, ils vibrent d’un accord parfait et une sensualité forte, profonde émanent de ce couple fraterlel. Chéreau frôle ainsi une chose rare au cinéma, réussir à dire l’indicible de ce qui est l’amour entre deux êtres issus du même ventre, un amour fait d’admiration, de peurs, de violences, de souffrances, de frustrations mais aussi d’une compréhension sensitive de tous les instants, sans mots, par ultrasons. La maladie de Thomas dans sa part de réalité crue, l’hôpital, l’urine, le sang donne à « Son frère » parfois un aspect insoutenable et le film, après vision, se digère avec lenteur. Un temps nécessaire pour l’éclosion de son parfum, pénétrant et inaltérable.
Olivier Bombarda
Synopsis : THOMAS (Bruno Todeschini) souffre d'une maladie incurable et mal connue qui détruit les plaquettes sanguines. Lui le frère aîné si fort et si brillant va dans son désarroi trouver son cadet LUC (Eric Caravaca), ce frère homosexuel qu'il n'a pas revu depuis des années. Thomas avait pourtant tout pour lui, le talent, la beauté et la réussite professionnelle, mais c'est fini, il n'a plus la force de lutter contre la mort qui approche. Luc accepte de l'aider. Pourtant, il n'aime pas particulièrement Thomas qui n'a pas été très tendre avec lui, pas plus d'ailleurs que le reste de la famille. Dans la solitude et la froideur des couloirs et chambres de l'hôpital, les deux frères se rapprochent timidement l'un de l'autre...
Critique : Les deux frères si différents sont assis sur un banc dans un décor de falaises bretonnes, ils écoutent un vieil homme leur parler des noyés que le courant ramène vers la plage, toujours au même endroit. C'est là, dans la résidence secondaire des parents, que Thomas passe les derniers jours de sa vie aux côtés de son frère Luc. Car il a décidé d'arrêter le traitement à la cortisone qui l'aidait à survivre. Bientôt, il se servira de la nature pour décider de son sort plutôt que de s'en remettre à des médecins impuissants. Thomas, naguère toute la fierté de la famille et qui le savait bien, n'a plus envie de se battre, il préfère se laisser mourir. Dans cette dernière parenthèse de vie, Patrice Chéreau évoque la relation entre deux frères très dissemblables, où la mort imminente vient redistribuer les cartes. Luc, homosexuel introverti prétendument faible et mal-aimé de la famille, s'avère être le seul soutien de son aîné après des années de silence. Mais Luc garde ses distances, car cet appel au secours ne fait que le replonger dans son ancien rôle de 'petit' frère. Impressionnante cette façon qu'a la caméra de capter au plus près la déchéance du corps et du visage dans un univers hospitalier stérile. L'idée de Chéreau n'est pas de brosser une critique de société, mais de porter un regard hyperréaliste et sans fard sur l'approche de la mort qui laisse les humains totalement démunis et sans défense. Il amène les membres de cette famille à faire un retour sur eux-mêmes, bouleverse leur existence sans leur donner aucune chance de lui résister. Mais le dénouement du film est d'une grande beauté : " Son Frère " ressemble à un tableau où le silence et les mots partagés recréent par petites touches l'empathie puis finalement la réconciliation entre deux frères.