Morning Sun Documentaire De Carma Hinton, Geremie R. Barmé, Richard Gordon (USA, 2003, 120 mn) Sélection Forum international
Synopsis : Témoignages et documents d'archives sur la " Révolution culturelle prolétarienne " à Pékin de 1964 à 1976 organisé par Mao Tsé Toung.
Critique : Les premières images attrapent l'œil par leur côté outré et insolite : des extraits d'une comédie musicale maoïste dans la plus pure veine hollywoodienne, au technicolor ultra saturé, où Cyd Charisse serait remplacée par une troupe de " camarades " en petites vestes bleue de travail chantant la gloire absolue de la Chine communiste sous la protection du Dieu Mao. Même Lubitsch en aurait avalé son Ninotchka de surprise hilare. Mais voilà derrière ces chromos insolites se cache une réalité sombre, celle d'une dictature assassine qui a poussé la propagande à son paroxysme. Morning Sun, " le Soleil du Matin " : on apprend au détour d'un des témoignages passionnants de ce documentaire que Mao employait cette métaphore pour désigner la jeunesse de son pays, dans laquelle tous fondaient leurs espoirs futurs. Les paroles recueillies ici, d'hommes et de femmes d'origines sociales différentes qui ont vécu intensément cette révolution culturelle, éclairent non seulement sur ce qui s'est passé mais aussi sur ces tragédies personnelles et collectives dont on ignore encore quasiment tout en Occident. Ce documentaire se suit comme un thriller, de visages en visages, de questions en questions. Les images d'archives en noir et blanc baveux montrent des " opposants " au régime devant des foules hostiles, battus par des adolescents fanatisés malgré eux. Elles se confrontent sèchement aux films de propagande aux couleurs et à l'artificialité criardes. L'intelligence de ce documentaire réside entre autre dans le fait de ne pas donner un seul regard sur cette période mais une multiplicité de points de vue et d'expériences. Les réalisateurs laissent à ces témoins la possibilité d'exprimer leurs opinions, leurs doutes et l'analyse souvent très fine et sensible de leurs états d'âme de l'époque. Ils expriment leur désillusion, la fin d'un rêve naïf qui s'est transformé en cauchemar. Ces anciens " jeunes " appartenant à des groupes intellectuels extrémistes de la Révolution rouge ont vieilli, ils ont ouvert les yeux sur leurs actes et leur idéologie, ils ont souffert. Il parlent enfin et ils se souviennent. Nous ne pouvons pas ne pas les entendre.