Der alte affe Angst (Allemagne 2003, 92 min.) De : Oskar Röhler Avec : André Hennicke, Marie Bäumer, Vadim Glowna
Synopsis: Il l'aime, elle l'aime. Tout pourrait être pour le mieux dans le meilleur des mondes s'il n'y avait entre eux ce " vieux singe ", la peur. Quand les choses se compliquent entre eux, quand leur vie sexuelle va à vau-l'eau, quand son père à lui est sur le point de mourir, chacun à sa façon fait face. Pour lui, le côté destructeur prend le dessus, et tout ou presque lui paraît perdu d'avance. Quant à elle, elle fait une tentative de suicide, mais Dieu ou Dieu sait qui a eu pitié, et une nouvelle chance leur est donnée pour un nouveau départ.
Critique: Dans maintes séquences de son nouveau film, le cinéaste berlinois Oskar Röhler réussit à transcrire à l'écran l'intensité d'une relation de couple de façon directe et authentique, prestation très rare parmi les cinéastes, allemands a fortiori. Ce sont de grands moments qui prennent aux tripes et que l'on oublie pas de sitôt. Oskar Röhler se dévoile avec une franchise déconcertante, et paradoxalement, ses moments d'extrême vulnérabilité sont ceux où il paraît le plus fort. Il le sait bien, lui qui ne cesse de sublimer son propre vécu dans ses films. Après L'INSAISISSABLE (Die Unberührbare) qui traitait des moments douloureux liés à la mort de sa mère Gisela Elsner, il s'attaque dans DER ALTE AFFE ANGST à un autre chapitre de sa vie : le cancer et la mort de son père. Mais l'amour est toujours omniprésent. Le réalisateur Robert (André Hennicke) et Marie sa compagne (Marie Bäumer) ne s'entendent plus, mais ne peuvent se passer l'un de l'autre. A fouiller les tréfonds de l'âme de ses deux protagonistes, Röhler s'aventure sans doute au-delà du supportable pour plus d'une âme sensible parmi le public. Mais toutes ces émotions en dents de scie, ces moments d'extrême insouciance et une tentative de suicide rendent à la perfection l'intensité démesurée de cette relation de couple. Röhler parvient à faire mieux comprendre les perversions de la vie : ainsi quand Robert avoue à son psychiatre qu'il ne peut plus faire l'amour avec Marie. Non qu'il ne l'aime plus, mais au contraire parce qu'il la désire tant qu'il en devient fou de jalousie. Alors, pour combattre cette jalousie féroce et d'une certaine façon survivre, il refoule tout sentiment et tout désir pour Marie jusqu'à ne plus rien ressentir. Qui, à ce stade de la description, hausse déjà les épaules en se disant qu'une telle relation est perverse ou psychotique serait bien avisé de ne pas aller voir le film. Car il ou elle ne ferait que gêner les autres spectateurs, qui eux ont peut-être envie de regarder un film comme il est rarement donné d'en voir, qui plus est dans le cinéma allemand qui n'est jamais très à l'aise avec les grands sentiments.