
Entre émancipation et interdiction de fumer Voix féminines d’Afrique
Sur le Continent noir, les distributeurs de cigarettes n’arrêtent pas de cracher leur marchandise. Les stratèges et publicitaires des grands cigarettiers ont jeté leur dévolu sur les femmes et les adolescents. En Tanzanie par exemple, dans l’Afrique orientale, les femmes ne sont pas plus de deux pour cent à fumer — bien trop peu ! Les fabricants de tabac usent d’un stratagème éprouvé pour séduire les catégories ciblées, suggérant que fumer donne un air adulte et émancipé, que les femmes qui fument sont modernes, cool, indépendantes, épanouies et sexy.
 Nafissa Zakry, étudiante à l’Ecole des Beaux-Arts de Rabat (Maroc)
« On est la nouvelle génération qui fume. J’ai énormément de plaisir de fumer. Mais ici, au Maroc, on ne dit pas qu’il ne faut pas fumer parce que c’est grave pour la santé, ils disent qu’il ne faut pas fumer parce que c’est un tabou… Je remarque que la plupart des femmes, qui fument sont celles qui ne se marient pas. Elles vivent seules. Je crois qu’elles fument pour casser leurs solitude. »
Regardez un extrait du documentaire « Les requins du tabac ».
Latifa Badaoui, avocate renommée et musulmane rigoriste (Rabat, Maroc)
« Allah est grand — Il a interdit de fumer. Allah veut le bien pour notre corps, notre esprit et notre société. La « modernité » a produit des femmes qui fument. Malheureusement, on exploite de belles images pour de mauvais produits, on asservit les femmes avec cette prétendue émancipation. Il est déplorable que les femmes n’empruntent à l’Europe que les aspects négatifs, le tabagisme par exemple. Pour le Maroc, cela est synonyme d’une érosion de la culture et d’une destruction des valeurs africaines. »
Judith Mackay, OMS
« Partout, des femmes et des jeunes filles se mettent à fumer, au mépris de leurs propres traditions culturelles : la tradition musulmane, à l’instar de la tradition confucéenne, interdit aux jeunes filles convenables de fumer. La publicité veut accoutumer les jeunes femmes à la cigarette. Le plus inquiétant, c’est que ce sont les jeunes citadines instruites qui se mettent à fumer. Partout, on voit des femmes, des jeunes filles qui commencent à fumer — pour s’opposer à des traditions culturelles, pour s’opposer à la tradition islamique, à la tradition confucéenne selon laquelle les femmes ne doivent pas fumer. Ce n’est pas de l’émancipation : c’est un esclavage. Ces femmes passent d’un esclavage à un autre. A cela vient se greffer une maladie sociale : seules les plus pauvres fument. Le tabagisme devient un phénomène de classe. Mais les femmes qui fument meurent comme les hommes. Les conséquences sont même pires que chez les hommes puisque les femmes sont affectées par la stérilité et qu’elles risquent un cancer du col de l’utérus. »
Regardez un extrait du documentaire « Les requins du tabac ».
John Kapito (directeur de l’organisation de défense des consommateurs au Malawi – Afrique de l’Est)
« Nous sommes en plein combat. Sur des pages entières, les journaux étalent leurs publicités pour la cigarette. Et la radio n’est pas en reste. En se promenant dans les rues, on voit de nombreux panneaux publicitaires. Les grands cigarettiers, par exemple B&H, Embassy et Glove, ont franchi un pas de plus, allant jusque dans les villages pour priser leurs produits. C’est une véritable invasion. Ils recrutent des enfants pour vendre des cigarettes, même à l’unité.»
John Waluye, journaliste tanzanien (chef de service du « Daily News », le plus grand quotidien de Tanzanie) a mené une enquête, il y a 8 ans déjà, sur les conséquences de cette plaie dans son pays.
« Il suffit de regarder autour de soi, en ville : il y a partout des panneaux publicitaires qui incitent à la consommation de cigarettes. Certains disent que fumer, c’est cool. Surtout les jeunes. Quand ils voient toutes ces publicités, ils pensent que fumer, ça rend plus beau. Ils sont otages des publicités placardées dans les rues et dans les magazines. Ce concours de beauté est sponsorisé par une marque de cigarettes tanzanienne. On choisit des filles aux fesses bien rondes qui dansent sur scène. Et derrière elles, on voit une publicité pour une marque de cigarettes. Parfois, je les ai même vu distribuer des cigarettes gratuitement. »
Regardez un extrait du documentaire « Les requins du tabac ».
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