Brésil/Argentine 2003, 132 min. Réalisation : Hector Babenco Avec : Luiz Carlos Vasconcelos, Milton Gonçalves, Ivan de Almeida Sélection officielle en compétition
Synopsis : Un médecin spécialiste du sida (Luiz Carlos Vasconcelos) s'efforce d'endiguer l'épidémie dans la légendaire prison de Carandiru, à São Paulo. Il gagne peu à peu la confiance des détenus, qui lui racontent leur vie. Un jour, ces derniers déclenchent une grande bagarre qui dégénère en émeute, à laquelle la police met un terme à sa manière : 111 détenus périront dans le massacre.
Critique : L'intrigue du film CARANDIRU ne repose pas seulement sur des faits réels. La vie du metteur en scène Hector Babenco et celle de l'auteur du roman dont le film s'inspire, le docteur Drauzio Varella, sont étroitement liées par le destin. Entre 1990 et 1998, Hector Babenco était patient du médecin, et celui-ci parvint à le soigner d'un cancer lymphatique. Le même médecin, Drauzio Varella, travailla pendant douze ans à Carandiru, pour lutter contre le sida. Et le destin voulut qu'Hector Babenco reçoive le manuscrit de son roman, "Carandiru Station", et qu'il s'en assure les droits d'adaptation cinématographique.
Avec son nouveau film, Hector Babenco perpétue sa tradition, en s'attaquant de nouveau à une critique de la société. PIXOTE - LA LOI DU PLUS FAIBLE (1979), un film sur les enfants de la rue au Brésil, lui valut dans le monde entier la réputation d'être l'un des meilleurs réalisateurs brésiliens. Son approche consiste à " distraire à partir d'une préoccupation morale, en tenant compte de valeurs telles que le respect et la solidarité ".
D'emblée, il confronte le spectateur à la dure réalité quotidienne d'un des établissements pénitentiaires les plus durs du Brésil. En recourant à de nombreux retours en arrière, il s'efforce de rendre compréhensibles les vies de différents détenus ainsi que leurs imbrications mutuelles. Le couple le plus attachant est constitué par le travesti Lady Di (interprété par l'étoile montante du cinéma brésilien Rodrigo Santoro) et No Way (Gero Camilo), plus petit d'une bonne tête que Lady Di. Les deux personnages tombent amoureux l'un de l'autre dans ce cadre on ne peut moins romantique et mettent en scène une noce très colorée. L'histoire n'est pas sans rappeler Almodovar par son excentricité, et la gentillesse de ce couple insolite touche le spectateur.
Ce n'est qu'au bout de deux heures que Babenco laisse éclater le massacre - qui eut lieu en vérité en 1992. C'est une expérience douloureuse que celle de voir la plupart des personnages, dont nous venons de découvrir la vie, se faire arbitrairement abattre sans pouvoir opposer la moindre résistance. Le film aurait dû précisément s'achever sur ce bain de sang pour produire un impact maximum. Malheureusement, Babenco a encore ajouté à la fin quelques images réelles de la destruction du légendaire pénitencier (dans lequel le tournage a duré six semaines), en les accompagnant d'une musique brésilienne beaucoup trop joyeuse.
Nana A.T. Rebhan
Synopsis : Pendant longtemps, la prison de Carandiru a été la plus grande prison d’Amérique latine. Le film revient sur les causes de la grande mutinerie d’octobre 1992 qui s’était terminée par un massacre mené par la police militaire contre les prisonniers, en adoptant le point de vue d’un médecin de prison engagé qui mène une campagne de prévention et de sensibilisation contre le SIDA.
Critique : Depuis « Kuss der Spinnenfrau » (1985) qui se déroulait également en prison, Hector Babenco, qui est brésilien, était absent des salles de cinéma européennes. On ne peut imaginer metteur en scène mieux placé pour faire un film sur la mutinerie de Carandiru et sa terrible issue. Babenco raconte avec des images fortes et émouvantes les (peut-être trop) nombreuses histoires des mutins. Mais peut-être était-il trop proche de son sujet, peut-être y était-il trop lié pour réussir à donner une profondeur cinématographique à ce drame. Dès les premières images, son parti pris pour les mutins est tellement clair qu’il les dépeint comme des hommes bons et trompés. Même si on ne naît pas criminel, il n’est pas tout à fait juste ou réaliste de décrire avec légèreté ou de banaliser le meurtre commis par jalousie, l’attaque à main armée et le cambriolage d’une banque. Ainsi, Carandiru se transforme en une prison idyllique, en un jardin d’Eden avec des règles du jeu dures, certes, mais justes où l’on trouve un médecin à la force et à la bonté surhumaines. Il s’agit là d’une fresque romantico-sociale naïve dont on a l’impression qu’elle ne trouve sa place dans l’action du film que pour préparer la répression sanglante de la révolte qui apparaît par conséquent comme une énorme injustice et comme un crime commis contre de pauvres prisonniers innocents. Même si cela s‘est vraiment passé ainsi, Babenco, avec son engagement, son parti pris et sa colère, si justifiés soit-elle face au massacre de prisonniers sans défense, ne rend pas justice à son film dont la crédibilité est du coup entamée.