Synosis : Bud est pilote de moto. Hanté par le souvenir de Daisy, il part la rejoindre en Californie.
Critique : A l'issue de la projection de presse de son deuxième long métrage en compétition, " The Brown Bunny ", Vincent Gallo s'est vu remettre la palme des sifflets et rires moqueurs venus des journalistes du monde entier. Admettons que la séance débuta fort mal puisque à la simple apparition de l'intertitre " produit, écrit, réalisé par Vincent Gallo ", les quolibets se profilaient déjà en douce, dans une salle prête à conspuer le narcissisme connu et aigu du jeune réalisateur. Or pendant plus d'une heure " The Brown Bunny " prête sérieusement le flan, tant les maladresses s'accumulent et présentent de surcroît, un Vincent Gallo omniprésent sous toute les coutures et en très gros plans : Vincent Gallo sous la douche, Vincent Gallo sur sa moto, Vincent Gallo dans sa voiture, Vincent Gallo sur son lit à moitié nu, le spectateur n'apprend presque rien sur le personnage de Bud qu'il incarne, tout sauf qu'il est très malheureux. Puis Bud décide de se lancer sur la route en direction de la Californie. Prenant des allures de road movie contemplatif, le film préserve quelques instants musicaux harmonieux et fait poindre la nostalgie du cinéma américain indépendant des années 70. Une rencontre féminine au hasard de la route de Bud donne lieu à une très belle scène, fragile et silencieuse… Enfin Bud arrive dans la ville où habite Daisy et Gallo délivre l'histoire cachée de son personnage sous forme d'explosion narrative. Violence et pornographie sont dès lors les ferments de cette trame dévoilant (enfin) l'origine du traumatisme que l'on décelait chez Bud. Dans l'esprit du spectateur, à cet instant tout résonne de manière superfétatoire et faussement provocante… Gallo tire de plus sa révérence avec une fin terriblement maladroite réduisant à néant nos derniers espoirs d'assister aux lueurs d'un artiste au demeurant hypersensible. Pathétique et terriblement frustrant.
Olivier Bombarda
Synopsis : Bud Clay (Vincent Gallo) participe à des courses de moto avec sa 250 cm3 de formule 2. Il dispose de cinq jours, pour aller du New Hampshire en Californie. Au cours de ce voyage, il n’a qu’une idée : oublier son amie Daisy (Chloé Sevigny). Mais les souvenirs ne lui facilitent pas l’existence.
Critique : Vincent Gallo est un narcissique, fort heureusement bourré de talent. Il ne veut travailler qu’avec des gens en qui il a entière confiance, et en présence desquels il se sent bien. Comme c’est une espèce rare, il en a résulté que, pour son nouveau film, THE BROWN BUNNY, il s’est chargé lui-même de la plupart des tâches. Vincent Gallo est scénariste, metteur en scène, acteur principal, caméraman, décorateur et monteur à lui tout seul. Même le titre énigmatique du film s’explique par l’égocentrisme de Gallo : le lapin brun n’apparaît dans le film que « parce qu’il se sent à l’aise et en sécurité en compagnie de cet animal ». Le souci premier de Vincent Gallo est de créer une ambiance particulière, aussi bien lors du tournage que dans le film lui-même.
C’est ainsi que son motard est certainement le motard le plus sensible de toute l’histoire du cinéma. Il effectue tout seul son voyage en Californie, et toutes les femmes qu’il rencontre en chemin ne parviennent pas à le consoler de son amour perdu. A plusieurs reprises, il tente d’établir une relation intime avec elles. Une intimité qui ne passe ni par les mots ni par les regards, mais toujours par le contact physique. Mais cette intimité lui fait prendre douloureusement conscience de ce qu’il a perdu et qu’il ne retrouve nulle part.
Dans une des scènes les plus déroutantes du film, Gallo parvient à saisir cette intensité perdue dans une vision de Bud. Daisy lui fait une fellation, et la caméra la montre explicitement, alors que les deux personnages essaient de parler de la situation complexe qui les a conduits à se séparer. La conjugaison d’une intimité extrême dans l’acte sexuel et des doutes exprimés verbalement à propos de leur amour révèle une intensité saisissante et bouleversante. Gallo s’y entend pour comprimer la mélancolie de Bud en quelques scènes pleines de sensibilité et presque dépourvues d’action. C’est ainsi qu’il roule par exemple sous la pluie, et que nous distinguons le découpage flou de son visage tandis que les essuie-glace fonctionnent en rythme, un rythme que souligne une chanson merveilleusement mélancolique.
Malheureusement, Vincent Gallo abuse aussi de la réduction aux ambiances, au point qu'il n'a en fait pas grand-chose à raconter. Un plan-séquence montre par exemple Bud qui se gare sur un parking et descend juste pour enfiler un pull-over. Une scène affectée et narcissique. Peu lui importe l'opinion du public, l'essentiel est qu'il se sente bien. C'est pourquoi le dernier plan ne peut se passer d'un gros plan du légendaire lapin brun.