Scénario et mise en scène : Peter Greenaway Caméra : Reinier Van Brummelen Montage : Borut Krzisnik Avec : JJ Field (Tulse Luper) Drew Mulligan (Martino Knockavelli) Yorick Van Wageningen (Lephrenic) Deborah Harry (Fastidieux) (Sélection officielle)
Synopsis : Dès que Tulse Luper apparaît, il est systématiquement envoyé derrière les barreaux par ceux qui détiennent les rênes du pouvoir. Tulse Luper est peintre et écrivain et ses déplacements le mènent de Moab, ville mormone d’Utah - où il se fâche avec des groupuscules nazis américains - jusqu’à Berlin au moment de la chute du mur en passant par différentes villes européennes. Les séjours en prison de Tulse Luper, ses 92 valises et ses différentes escales couvrent soixante années du siècle dernier en 16 épisodes. Mais les aventures de Tulse Luper ne s’arrêtent pas là : c’est une trilogie dont les deux prochains volets sont prévus pour 2004. Le tout prend la forme d’une composition multimédia accompagnée d’un projet internet qui s’étale sur trois ans, d’une série télévisée, de DVD et d’une pièce de théâtre… Mais rien ne serait moins surprenant que de voir Greenaway dénicher d’autres idées encore !
Critique : Tulse Luper est en quelque sorte « l’alter ego » de Peter Greenaway : il a crée ce personnage et sa vie, qui se construit autour du contenu de ses 92 valises, à l’époque où il était encore étudiant. Luper s’intéresse à l’histoire du 20ème siècle, mais il se met tout le monde à dos à cause de sa curiosité et de sa recherche de la vérité historique. Tout comme un archéologue qui voyage dans le temps, il passe au peigne fin le siècle de la fission nucléaire et recherche l’uranium, découvert en 1928 et qui porte le numéro 92 dans le tableau périodique des éléments. Greenaway joue à merveille avec les effets numériques, les écrans fractionnés et les différents niveaux de son dans cette histoire à la fois riche sur le plan littéraire et très drôle. De temps à autre, au milieu de ce feu d’artifices d’effets spéciaux, le spectateur risque de perdre le fil, mais ce n’est rien à côté de « Prosperos Books », par exemple. Dès qu’il ouvre sa première valise, Luper est victime d’abus et accusé d’y transporter, outre la Bible, la Théorie de l’évolution de Darwin qui prétend que l’homme descend du singe. On pense alors tout de suite aux groupes de fondamentalistes fanatiques, qui existent aussi parmi les chrétiens américains, et qui ont déjà demandé le retrait des livres de Darwin des bibliothèques. Même si ça n’est qu’au premier degré, on comprend au moins qu’un esprit éveillé se bat contre les nombreux remparts qui existaient au 20ème siècle et s’y casse le nez. Et étant donné le regard pluridimensionnel et historico-archéologique que porte Greenaway sur ce siècle - et qui n’est pas sans rappeler les écrits et les films d’Alexander Kluge - tout laisse à penser que Tulse Luper ne va pas réduire ses chances de finir derrière les barreaux dans les prochains épisodes.
Synopsis: D’aventure en aventure, Tulse Luper (J.J. Field), l’alter ego de Peter Greenaway, passe par 16 prisons aux quatre coins du monde. Au cours de ses pérégrinations, il sème 92 valises dont les contenus racontent autant d’histoires différentes.
Critique : Le réalisateur et artiste britannique connaît son alter ego, Tulse Luper, depuis près de quarante ans, depuis ses études aux Beaux-Arts. Tulse Luper a accompagné l’artiste tout au long de sa création pour tenir finalement le rôle principal dans LE CUISINIER, LE VOLEUR, SA FEMME ET SON AMANT (1989). Et aujourd’hui, il a enfin la possibilité de raconter en multimédias toute l’histoire de sa vie qui est inextricablement liée à de nombreux événements historiques. Ses aventures commencent en 1928 avec la découverte de l’uranium et finissent en 1989 avec la fin de la guerre froide et la chute du Mur de Berlin.
Comme le numéro atomique de l’uranium est 92, Tulse Luper, qui, en tant qu’alter ego, nourrit, lui aussi, des ambitions artistiques, va remplir 92 valises d’objets hétéroclites. On retrouvera ces valises dispersées aux quatre coins du globe et elles raconteront chacune leur histoire, étroitement liée aux évènements historiques. Certaines valises sont remplies de vêtements qui font partie du passé nazi : les Juifs devaient se déshabiller et remettre leurs vêtements avant d’être envoyés à la mort. D’autres valises contiennent des films porno du Vatican, des cadavres de chiens, des aiguilles à coudre couvertes de sang, des alcools classés par ordre alphabétique. L’imagination de Greenaway n’a pas de limites et sa passion pour la classification, la numérotation et tous les systèmes d’ordonnancement, qui ressortait déjà clairement dans ses films précédents comme DRAWNING BY NUMBERS (1988), donne toute sa mesure dans THE TULSE LUPER SUITCASES, car elle structure la complexité chaotique de l’événementiel. Greenaway utilise le support multimédias en se livrant à des expériences visuelles, par exemple en superposant différents niveaux ou en utilisant des écrans partagés. Il crée ainsi un vécu qui déborde largement du cadre cinématographique.
Ce qui comptait pour Greenaway dans ce projet titanesque, c’était de n’être soumis à aucune limite de temps. L’ensemble du film est prévu pour durer huit heures et la première se fera en trois volets : Le premier volet est présenté à Cannes, le deuxième le sera à Berlin en 2004, le troisième à Venise en 2004. En parallèle, il y aura une série télévisée en 16 épisodes, une collection de DVDs qui représenteront le contenu des valises, un site web interactif avec des archives très complètes et un livre relié cuir présentant de nombreuses illustrations de Greenaway. L’ouvrage ne sera tiré qu’à 460 exemplaires. Victoria Abril, Isabella Rossellini, Bruno Ganz, Marisa Paredes, Amanda Plummer, Maria Schrader et Franka Potente ainsi que de nombreux autres acteurs apparaîtront dans l’un ou l’autre de ces médias.
En réalisant THE TULSE LUPER SUITCASES, Peter Greenaway a conçu sa propre œuvre du siècle, l’Ulysse du monde multimédias.