LesMainsvides De Marc Recha (France - Espagne, 2003, 2h10) Avec Olivier Gourmet, Eduardo Noriega et Mireille Perrier Sélection Officielle - Un Certain Regard Une coproduction Arte France
Synopsis : Dans un No Man's Land montagneux à la frontière entre la France et l'Espagne, vit une petite communauté, composée notamment d'Eric le mécano, de la vieille madame Catherine ou de Sophie, qui travaille comme contrôleur des trains et croise les passagers qui transitent par ce lieu étrange. L'un d'eux, Gérard, décide de s'installer quelque temps dans la région et sera le témoin des mésaventures tragi-comiques qui s'y déroulent
Critique : Après " L'Arbre aux cerises " (1999) et " Pau et son frère ", présenté à Cannes en 2001, Marc Recha s'est fait plus qu'un nom dans le cercle des cinéastes contemplatifs et exigeants, alors même que son discours demeure relativement indéchiffrable. Ses deux films précédents avaient beaucoup séduits par la façon calme et lunaire dont il organisait la vie la plus hiératique (quelques maisons, quelques personnages, quelques bribes d'intrigues que l'on décode au fur et à mesure) autour d'un lieu qui, lui, demeure très concret. Un petit village près de Valence servait de cadre à " L'Arbre aux cerises " tandis qu'un hameau des Pyrénées s'avérait, dans " Pau et son frère ", l'élément le plus identifiable. Dans " Les Mains vides ", Marc Recha continue d'explorer avec esthétisme ce territoire, entre massifs pyrénéens et frontières territoriales. La roche et le paysage montagneux, patiemment photographiés et mis en scène avec une lenteur adéquate, sont une fois de plus les témoins des agissements abstraits des protagonistes. Leurs gestes absurdes se diluent dans des ébauches d'intrigues qui semblent avorter de manière tout aussi énigmatiques, mais Marc Recha surprend encore, en travaillant une veine plus humoristique : La vieille madame Catherine disparaît soudain. Eric le mécano semble partager avec elle des secrets qui remonteraient autant à la seconde guerre mondiale qu'à une histoire d'héritage. Gérard vient s'immiscer dans ce nœud d'intrigues et finit par travailler dans l'atelier d'Eric… Ce qui est traité de façon comique dans une scène ne l'est pas forcément dans la suivante. On pourrait se lasser très vite de ces soubresauts, mais le sens d'une durée qui se dilue de manière presque hypnotique finit, comme dans les précédents films du réalisateur, par emporter l'adhésion quand le mystère reste entier. Ni métaphysique, ni cosmique malgré la présence écrasante et suggestive du cadre naturel, le cinéma de Marc Recha travaille plutôt l'impression du spectateur, qui le lui rend bien.
Julien Welter
Synopsis :Un beau jour, une vieille dame, Madame Catherine, disparaît dans un petit village français près de la frontière espagnole. Dans un premier temps, cela passe presque inaperçu, car la disparue menait une existence solitaire et coupée du monde. Mais à mesure qu'avance l'enquête de la police, le spectateur dénoue peu à peu le mystère et comprend mieux les tenants et aboutissants de cette mystérieuse affaire…
Critique : Le cinéaste espagnol Marc Recha met la barre très haut, mais il est aussi maître dans l'art de transmettre ses visée ambitieuses à ses acteurs et à son public : " Je voulais faire un film qui ressemble à un recueil de hiéroglyphes. Le rôle du spectateur est de les déchiffrer jusqu'à la fin du film. " C'est pourquoi Recha, plutôt que de focaliser son attention sur une trame narrative linéaire et logique, préfère se concentrer sur la façon de se mouvoir et de parler de ses acteurs. L'important pour Recha n'est pas le contenu des dialogues ou l'intrigue, ce qui l'intéresse avant tout, c'est de nous faire appréhender l'écoulement du temps, le rythme de la vie quotidienne, que même un mystérieux décès ne parvient pas vraiment à perturber. " Je montre la réalité des personnages au travers de celle de leurs faits et gestes quotidiens ", précise-t-il. Aussi voyons-nous souvent des gens mal réveillés déambuler dans la cuisine en sweat-shirt et culotte pendouillante, dont la seule idée est de prendre leur café et qui pestent en s'apercevant que la bouteille de gaz est vide. Les protagonistes n'ont pas grand-chose à se dire, souvent ils se côtoient en silence, notamment pendant les repas. LES MAINS VIDES est donc aussi un film sur la difficulté à communiquer. Il n'en a pas moins ses côtés comiques, ce n'est pas pour rien si les modèles de Recha sont Jacques Tati et Oser Iosseliani. Il aime leur humour qui jaillit de la situation et paraît toujours parfaitement spontané. L'alternance de paysages de cette région montagneuse et de séquences montrant le passage d'un train génère un rythme qui peut emmener le spectateur attentif et concentré vers un état contemplatif.
Cette sensation est encore renforcée par une façon inhabituelle de traiter le son. Les sources de bruit sont rarement visibles à l'écran, mais Recha aime étoffer les dialogues très laconiques de ses acteurs par un fond sonore de machines à laver, de voitures ou de marteaux piqueurs, eh oui, toujours ce fameux quotidien. Quoi de plus logique donc si LES MAINS VIDES se termine par un gros plan du tambour en marche d'une machine à laver...