(France / Maroc / Belgique, 2003, 2h04) De Faouzi Bensaidi Avec Fouad Labied, Nezha Rahil, Mohammed Majd… Sélection officielle. Un certain regard.
Synopsis : 1981. Maroc, le mois du Ramadan. Dans un village au cœur des montagnes de l'Atlas, Mehdi un garçon de sept ans s'installe avec sa mère Amina chez son grand-père Ahmed. Son père est en prison. Pour préserver l'enfant, Ahmed et Amina lui font croire que celui-ci est parti en France. A l'école, Mehdi a le privilège de veiller sur la chaise de l'instituteur. Son rapport au monde est construit autour de cet objet. L'équilibre fragile de sa vie menace tous les jours de voler en éclats…
Critique : A travers la chronique de la vie quotidienne dans un village perdu dans les montagnes de l'Atlas, Faouzi Bensaidi réussit à aborder des problèmes politiques délicats qui se posent dans son pays comme la corruption, la censure, l'emprisonnement des prisonniers politiques ou encore la liberté de parole. Mehdi, protégé par son grand-père et sa mère, découvre en même temps que son pays emprisonne son père et pourchasse les étudiants qui manifestent contre le régime. Son univers vacille une fois de plus lorsque sa meilleure amie, une adolescente pleine de vie, en révolte contre cette société policée, qui écoute des chansons de Kate Bush à fond dans sa chambre, fume des cigarettes et ne fait pas le Ramadan est assassinée. Le cinéaste tient la caméra à distance des personnages, les suit sur leurs chemins de traverse. Petites histoires après petites histoires, il les observe presque à la dérobée avec une grande pudeur : pas de gros plans sur des larmes, par d'émotions cathartiques, pas d'explications superflues mais l'essentiel. Un vieil homme s'humilie en volant une chaise pour offrir à son petit-fils de quoi être décent pour aller en classe . Un petit garçon enrage contre sa mère. Une ado rêve d'idéaux lointains. En quelques plans parfaitement construits, Faouzi Bensaidi rend palpable l'émotion ou la colère. " Mille mois " reste gravé dans la mémoire bien après sa projection. Bien plus que les images de paysages arides à la poussière rouge ou des sons râpeux des objets traînés sur les pierres, le souvenir demeure des yeux de ce grand-père reflétant cet amour fou pour son petit-fils, des larmes d'une jeune femme qui ne sait plus quoi faire de sa solitude et de la révolte d'un gamin face à une société qui lui a volé son père.