Sex is Comedy De Catherine Breillat (France, 2002, 1h32) Avec Anne Parillaud, Grégoire Colin et Roxane Mesquida Quinzaine des réalisateurs Sortie en France le 05 juin
Synopsis Une équipe de tournage s’affaire à la réalisation d’un film. Parmi eux, Jeanne (Anne Parillaud), la réalisatrice, règne sur son petit monde : Le studio où l’on construit le décor, les coulisses où elle brise l’équilibre de ses acteurs, qui ont sans cesse besoin d’être rassurés ou flattés. Si le conciliant et efféminé Léo, son assistant-réalisateur, est le seul à rester sur le terrain de la diplomatie (car son manque de virilité ne pose pas de problème à cette femme d’autorité), Jeanne ne peut travailler avec le reste de l’équipe que dans une relation assez épidermique, faite de rires hystériques, de mots durs, de ruptures violentes et de préférences. En fin de compte, tourner un film est la seule chose qui lui permette vraiment d’exister.
Critique Où sommes-nous dans ce nouvel opus de Catherine Breillat dont l’action prend place sur un plateau de tournage ? Au cœur de la création cinématographique ? « Sex is comedy » se veut plus prosaïquement une version renouvelée et encore plus drôle des thèmes habituels de la réalisatrice. On pourra se demander longtemps ce qui relève de l’invention dans le personnage de Jeanne la réalisatrice et ce qui est vraiment affilié à la personnalité de Catherine Breillat, jamais avare d’interviews ou d’apparitions médiatiques rondement menées, mais ce n’est pas l’essentiel. Dès que l’on aperçoit l’actrice Anne Parilllaud, grimée en cinéaste et vêtue d'une redingote dans le style vestimentaire des écrivains décadents du XIXe siècle, puis qu’on la surprend à caresser le sexe factice (c’est un moulage en silicone !) de son acteur (Grégoire Colin) à la virilité contrariée, entre deux réglages de lumière et une douzaine de coupes de champagne, nous savons que « Sex is Comedy » est le digne successeur de ses films « Romance » (1999) ou « A ma Sœur » (2001). Après ce dernier, que l'on peut considérer comme un accomplissement, Catherine Breillat poursuit en quelque sorte son chemin à travers une représentation cinématographique différente. Après un livre (« Pornocratie », paru l’an dernier), et un téléfilm (« Brève traversée »), « Sex is Comedy » peut se présenter comme un simili making-of. Ce titre sonne d’ailleurs comme une profession de foi pour cet auteur qui s'est montré aussi souvent drôle dans l'évocation des rapports entre garçon et fille sous forme d'oxymore perpétuel. Le choix d'un tournage comme sujet ne s'avère, à ce titre, pas si décoratif que cela, tant sa dimension aussi répulsive (l'aspect horriblement bourgeois et nombriliste des milieux du cinéma) que vitale (faire un film comme sauf-conduit à une condition de harpie alcoolique et suante) est un réceptacle cohérent aux jeux, eux aussi entravés, de l'amour. Comme souvent chez Catherine Breillat, cinéaste autant qu’écrivain, les multiples digressions verbales déclamées par Anne Parillaud, sont le ciment de ce nouveau film, entre précieux ridicule et aphorismes hilarants.