L'Export-Union, organisme de promotion du film allemand à l'étranger, présente depuis plusieurs années une sélection de courts métrages dite « Cannes-Rolle ». Faire partie de cette sélection est le rêve de tout étudiant d'une grande école du cinéma en Allemagne. Après le festival de Cannes, elle passera dans tous les grands festivals internationaux, et constitue donc une véritable carte de visite pour de jeunes cinéastes et producteurs allemands. La sélection de cette année comporte huit courts métrages de diverses écoles du cinéma allemandes et un film en production libre. Tous abordent des genres très différents, allant du film d'animation au film vidéo avec effets spéciaux : BENNY X est la narration dramatique du rapt du jeune Benny X, enlevé par une mère près du lit de sa petite fille décédée. Le film d'animation FENSTER MIT AUSSICHT propose des options intéressantes pour échapper à ses quatre murs et à l'ennui d'une vue (et vie) étriquée. HOCHZEITSTAG montre comment tout un chacun peut très vite se rendre complice d'un meurtre. De tous les films de la sélection, AM SEE est le plus fort par l'atmosphère qu'il dégage : une famille ordinaire partie pour passer une belle journée au bord d'un lac vit l'horreur : le petit cadet a failli se noyer à l'insu de tous.
Le Prof. Julian Nida-Rümelin, ministre allemand de la culture et de la communication, a convié les cinéastes et producteurs allemands présents à Cannes pour un entretien en petit comité. Des étudiants des écoles du cinéma de Hambourg, Berlin, Munich, Cologne, Potsdam et Bade-Wurtemberg ont pu ainsi dialoguer une heure durant avec le ministre. La discussion a porté sur des thèmes très divers, et notamment sur les questions suivantes : quelles sont les perspectives du court-métrage allemand ? Quelle place convient-il de faire à aux échanges internationaux/européens dans les écoles du cinéma et de l'audiovisuel ? Est-il souhaitable que des mentors guident le parcours des étudiants du scénario au tournage, ou est-ce de nature à empêcher l'émergence d'une vision personnelle ? Comment rentabiliser la distribution des courts métrages ?
Il est bien sûr impossible en une heure de répondre à toutes ces questions. Cet échange entre le ministre de la culture et les étudiants devait surtout permettre d'établir la communication. Des rencontres de ce type devraient être régulièrement organisées afin de cerner les domaines dans lesquels les étudiants ont besoin d'un appui de l'État. De façon générale, il n'a pas été jugé utile d'appeler des 'docteurs' américains au chevet de scénarios allemands, car ceci ne ferait que compliquer le cas des 'patients'. Le ministre a fait référence au travail réussi de la télévision allemande, qui a évacué dans une large mesure les séries américaines et programme beaucoup de productions propres. Certains futurs cinéastes devraient peut-être se tourner vers cette option prometteuse, en tout cela mérite réflexion. Vera Lalyko, réalisatrice qui a reçu un prix pour un court-métrage de 21 minutes, interroge le ministre en ces termes : 'Est-ce normal qu'une chaîne de télévision soit prête à diffuser mon film, mais à condition que j'en réduise la longueur à 17 minutes ? Cela ne me paraît pas normal, après tout, j'ai obtenu la récompense pour la version longue.' Le problème est que la plupart des chaînes de télévision établissent d'emblée les règles du jeu en imposant formats, durée des films et plages de diffusion. Or, les écoles comme la Deutsche Film- und Fernsehakademie Berlin (DffB) ou la Hochschule für Film- und Fernsehen (HFF) à Potsdam-Babelsberg entendent avant tout former et promouvoir des libres penseurs et la création de films d'auteur, et non pas des réalisateurs dociles pour la télévision.
Pendant la soirée qui a suivi à 'Long Beach' en face de l'hôtel Noga Hilton, les réalisateurs et producteurs de courts métrages se sont mêlés à d'autres personnalités all