Ararat Scénario, réalisation et production: Atom Egoyan 55ème Festival International du Film de Cannes. Sélection officielle – hors compétition Canada 2002 Interprètes: Christopher Plummer, Charles Aznavour, Elias Koteas, Arsinée Khanjian, Bruce Greenwood, Eric Bogosian, Brent Carver, Marie-Josée Croze, David Alpay, Simon Abkarian Cadrage: Paul Sarossy Conception artistique: Phillip Barker Production: David Lantos
Synopsis Drame à Toronto autour de deux familles déracinées à la recherche de leur identité personnelle, sexuelle et culturelle. EDWARD SAROYAN (Charles Aznavour), est un célèbre réalisateur arménien qui tourne au Canada, son pays d'adoption, une épopée historique sur les événements tragiques et le siège de la ville de Van par les Jeunes Turcs en 1915, événements qui devaient conduire au génocide de plus d'un million d'Arméniens, la plus grande minorité chrétienne du pays. ANI (Arsinée Khanjian), enseignante de l'histoire de l'art spécialisée dans l'œuvre du grand peintre fondateur du surréalisme abstrait Arshile Gorky (Simon Abkarian), est embauchée aux côtés de Saroyan comme conseillère technique. La vie privée d'Ani est un désastre : sa belle-fille CELIA (Marie-Josée Croze) lui reproche d'être responsable de la mort de son père. Et RAFFI (David Alpay), son fils d'un premier mariage avec un Arménien tué dans un attentat, est en rébellion déclarée contre elle. De retour d'un tournage vidéo pour son compte personnel au pied du Mont Ararat, Raffi a sur lui plusieurs bobines et cassettes vidéo, et tombe sur le douanier DAVID (Christopher Plumer). Il affirme travailler pour une société de production canadienne, mais David le soupçonne de passer de la drogue et soumet Raffi à un interrogatoire serré. Finalement, c'est David qui se trouve confronté à son propre fiasco familial : son fils homosexuel PHILIP (Brent Carver) lui interdit toute relation avec son petit-fils, furieux que David n'approuve pas sa liaison avec ALI (Elias Koteas), un acteur turc. Ali joue dans le film de Saroyan un officier turc impliqué dans le génocide et dans le traumatisme du jeune Arshile Gorky. La boucle est bouclée...
Critique Malgré l'offre qui lui était faite par le jury de sélection, Atom Egoyan n'a pas souhaité que son film soit présenté en compétition à Cannes. Ararat étant en effet le film le plus politique qu'il ait jamais réalisé à ce jour, ce Canadien d'origine arménienne a tenu à lui éviter les intrigues et controverses médiatiques si prisées sur la Croisette. Egoyan réalise là un 'film de film' sur un thème qui lui tient beaucoup à cœur : le génocide perpétré à l'encontre de la minorité arménienne, que nie encore aujourd'hui le gouvernement turc. Au travers de deux drames familiaux étroitement imbriqués qui se jouent dans le Canada d'aujourd'hui, il analyse les séquelles psychologiques que peut laisser sur un individu la perte de son histoire et de son identité. Progressivement, le puzzle se reconstitue pour former un patchwork complexe où l'on passe sans transition du passé au présent, façon de panser les blessures familiales et de 'raccommoder' les trous de mémoire. Dans ce processus, Egoyan fait une place privilégiée à l'art, qui seul permet de transcender les traumatismes vécus et la rupture dans la transmission de la tradition. Mais dans cette évocation du drame arménien, Egoyan via son alter ego incarné par Charles Aznavour paraît se complaire dans un étalage voyeuriste de la souffrance, avec par exemple des scènes de viol ostentatoires qui trahissent l'impossibilité d'un authentique travail de mémoire. Une immense soif de réconciliation et d'apaisement est omniprésente dans ce film où la quête de cohérence et de sens est parfois un peu lourde de métaphores. « Ararat » eût été plus convaincant et plus vrai si Egoyan avait plus souvent laissé ses protagonistes seuls avec le mystère douloureux de leurs souvenirs, comme par exemple dans la scène où, juste avant son suicide dans son exil new-yorkais, Arshile Gorsky recouvre de peinture les mains de sa mère sur sa plus célèbre toile réalisée d'après une photo de lui et de sa mère à Van, où il a ses racines. Car au cinéma comme ailleurs, il vaut peut-être mieux laisser l'imagination faire son travail quand l'évocation de la réalité se fait par trop fantomatique et ambiguë.