de Kenneth Bowser Film documentaire (HC) tiré du livre de Peter Biskind
Synopsis : Adaptation documentaire du livre-culte „Easy Riders Raging Bulls", lequel, en s’appuyant sur une masse incroyable d’informations et un sarcasme très divertissant, décrit le déclin des grands studios d’Hollywood et leur sauvetage inattendu par une bande de rebelles indisciplinés.
Critique : Le déclin des vieux studios hollywoodiens commença au plus tard avec le désastre financier de « Cléopâtre », mais sans doute déjà auparavant, car il y avait longtemps que l’on y avait oublié la jeunesse. Le rock’n roll, la révolution sexuelle, la drogue, les beatnicks ou les hippies n’apparaissaient jamais dans les films des grands réalisateurs. Dans son adaptation précise du livre de Peter Biskin et sur la base d’interviews et d’un impressionnant matériel documentaire des années 60 et 70, Kenneth Bowser montre comment, en l’espace de quelques années, des gens comme Dennis Hopper, Peter Fonda, Paul Schrader, Warren Beatty, Francis Ford Coppola, Robert Altman, Sam Peckinpah, Peter Bogdanovich, Hal Ashby ou Martin Scorsese ont donné le ton à Hollywood. Ces gens étaient à l’époque totalement inexpérimentés, mais ils avaient montré qu’ils avaient une certaine sensibilité pour les thèmes et les histoires que le nouveau public souhaitait. Un film à budget modeste comme « Easy Rider » engrangea des millions du jour au lendemain, et bien que l’ancien système ne le comprît pas du tout, on donna des millions à ces jeunes rebelles influencés par le cinéma européen pour qu’il puissent réaliser leurs films. Et ils les réalisèrent, mais pas du tout comme les studios se l’étaient imaginé. Ils organisaient en permanence des soirées, vivaient la révolution sexuelle - ou ce qu’ils pensaient qu’elle était -, écoutaient du jazz et du rock’n roll, et ne lésinaient pas sur les drogues de toute nature. Mais en même temps, c’étaient des réalisateurs vraiment passionnés, des « cinéastes auteurs », comme on les appela à partir de ce moment-là. Quand Scorsese montra pour la première fois « Mean Streets » à son producteur, on raconte que celui-ci faillit faire une crise de rage, et quand Scorsese lui expliqua avec mille précautions qu’il s’agissait d’un hommage aux anciens films de gangsters hollywoodiens, il aurait hurlé : « What the fuck is an hommage? »
Le film est certes très divertissant et instructif, et l’on devine à quel point l’époque a dû être palpitante à Hollywood, mais il tend à créer une impression nostalgique, sans reproduire donc le ton merveilleusement sarcastique du livre, et menace parfois de se noyer dans l’abondance des informations. En contrepartie, il présente presque tous les héros du New Hollywood, dont la plupart réalisent encore aujourd’hui des films remarquables, même s’ils sont parfaitement organisés et disciplinés et s’ils boivent en général de l’eau minérale. Les extraits de films des années 60 et 70 ainsi que les rétrospectives rendent toutefois si bien l’ambiance de renouveau de l’époque que l’on regrette de ne pas y avoir été.