De Claire Doyon (France, 2003, 1h17) Avec Lisa Lacroix, Marie Félix, Dani et Jacno Quinzaine des réalisateurs
Synopsis : Clémentine et Olive sont sœurs. Elles vivent sur une île déserte avec leurs parents, qui s’occupent à des tâches fantasques et vaguement artistiques. Les deux jeunes femmes passent quant à elles leurs journées à jouer comme des animaux, jusqu’au jour où elles rencontrent un jeune homme échoué sur la plage. Leurs rapports se font alors plus tendus et jaloux, d’autant que les parents, complètement illuminés, ne sont d’aucun secours.
Critique : Vivotant entre la romance de collégienne et le film d’épouvante, « Les Lionceaux » est un drôle d’objet. Victime d’un budget squelettique, son équipe a tenté de faire sien ce cruel manque de moyens en choisissant la voie de l’improvisation et de la fantaisie la plus débridée. Balayant toute idée de scénario au sens académique du terme, « Les Lionceaux » se lance sur une voie qui se réfère beaucoup à certains films de Jacques Rivette parmi les plus éclatés (« Out one » ou « Céline et Julie vont en bateau ») ou même au cinéma de Werner Schroeter. L’excentricité élégiaque et musicale du cinéaste allemand est toutefois retranscrite par Claire Doyon de façon plus féminine, voire adolescente, c’est-à-dire avec un esprit beaucoup plus régressif et pétulant. Si le décor insulaire reste le même durant tout le film, la réalisatrice et son décorateur parviennent à l’éprouver graphiquement. Ces trouvailles sont habilement relayées par un choix de costumes plutôt exubérant. Le pari consiste bien sûr à tenir, quatre-vingt minutes durant, sur cette même voie de la folie douce, parfois chorégraphiée et rarement dialoguée (sauf par quelques interjections comiques, dues principalement aux deux chanteurs Dani et Jacno, qui semblent sous l’influence permanente de substances prohibées). A ce titre, on peut déceler un certain talent de mise en scène chez Claire Doyon, qui se distingue par une poignée de plans qui possèdent un vrai relief. Tout ceci est, bien sûr, un peu vert, mais on peut assurément qualifier de prometteur l’humour tête à claque et comiquement autiste de Claire Doyon.