Réalisation : Jafar Panahi. Scénario : Abbas Kiarostami. Interprètes : Hussein Emadeddin, Kamyar Sheissi. 56ème Festival International du Film de Cannes : Un Certain Regard
Synopsis : Un beau matin, Hussein attaque une bijouterie au milieu de Téhéran. Le cambriolage tourne mal, Hussein commence par tuer le commerçant avant de se donner la mort. Derrière cet incident se cache un homme humilié issu des classes défavorisées qui s’effondre face à l’hypocrisie d’un système social injuste.
Critique : Malgré la multitude d’acteurs présents sur les écrans à Cannes cette année, on n’est pas prêt d’oublier Hussein, ce petit livreur de pizzas un peu rond qui est le personnage principal de « Blut und Gold », le nouveau film de Jafar Panahi. Stoïque, il s’assoit sur sa petite mobylette sur laquelle il livre ses pizzas dans les appartements des habitants aisés de Téhéran. C’est à partir d’une brève que lui a racontée son ami Abbas Kiarostami, lui aussi metteur en scène, concernant le meurtre d’un bijoutier par un livreur de pizza avant que ce dernier ne retourne son geste contre lui, que Panahi dresse le portrait d’un petit homme qui sera victime de sa pauvreté et de son humiliation. Le personnage principal du film est un homme fier, qui regarde constamment derrière les portes des riches qui vivent dans un luxe inimaginable dans les villas situées sur les collines qui surplombent la ville. Mais ce n’est pas l’envie qui pousse Hussein à agir. C’est plutôt les petites humiliations répétées et quotidiennes que subit un homme issu des classes défavorisées dans son combat pour s’en sortir à Téhéran. Par exemple, un soir, les défenseurs du culte du régime du Mollah qui font une razzia sur une soirée trop occidentalisée à leur goût lui refusent l’accès à un appartement alors même que Hussein veut aller livrer un autre appartement dans le même immeuble. Dans un geste émouvant d’humanité, il partage ses pizzas avec les policiers et les vigiles. Hussein consent tous les efforts pour devenir un autre - il souhaite offrir un collier cher à son amie pour leurs fiançailles. Même s’il s’est mis sur son trente et un pour l’occasion et s’il a l’argent, précisément pour oublier pour une fois ses origines, le bijoutier (sa future victime) lui fait comprendre qu’il n’est pas le bienvenu en tant que client. Au fil de ces incidents, la fierté et la confiance de Hussein sont entamées. Un soir, il livre un jeune homme aisé qui vit dans l’appartement luxueux de ses parents qui ont émigré aux Etats-Unis. Ce jeune dandy décadent a besoin de quelqu’un à qui parler et décide d’inviter Hussein. Les scènes où il prend peu à peu confiance dans cet environnement luxueux et sort de la piscine après s’être baigné pour aller se prélasser sur la terrasse donnant sur les toits de Téhéran tel un pacha font partie des moments les plus drôles mais aussi les plus tristes de ce Festival. Jafar Panahi, né en 1960, et qui a remporté un Lion d’or à Venise il y a trois ans avec « Le Cercle », se pose de nouveau en défenseur un peu gênant des classes défavorisées de son pays avec « Crimson Gold ». Ce qui est particulièrement impressionnant, c’est la simplicité des moyens cinématographiques avec lesquels Panahi recherche la vérité. Dans son dernier film, tout comme dans les précédents, il ne travaille qu’avec des comédiens amateurs, il refuse tout esthétisme qui pourrait masquer la complexité de ses personnages. Sans toutefois se poser en juge ou en ambassadeur politique, Panahi est devenu avec ses films l’un des plus grands témoins contemporains de son pays.