Synopsis : Les deux frères Satim (Jean-Christophe Bouvey et Jean-Marc Barr) dirigent une banque. L’un d’eux, l’aîné, finance également un théâtre, ce qui représente pour la banque un investissement risqué. Au sein du théâtre, on répète des classiques : « Mary Start », « Esther »… Autour de ce petit monde écartelé entre finances pragmatiques et idéalisme artistique, on trouve également une comédienne, Vanessa (Jeanne Balibar), qui revient à la comédie après une longue absence.
Critique : par la présence conjuguée de l’actrice Jeanne Balibar et de celle du théâtre, on pense, de manière un peu facile, à rattacher « Saltimbank » au souvenir de « Va savoir », le dernier film de Jacques Rivette qui mariait lui-aussi le monde des planches à la présence de la comédienne au phrasé si particulier. Mais le style de Biette est, bien sûr, très différent de celui de l’auteur de « La Belle noiseuse », même si les deux cinéastes se rapprochent l’un de l’autre par un art du langage volontiers ludique et par un sens de la composition des plans très limpides. Chez Biette, on regarde une comédienne assise à une table. Elle parle de sa cuisine, et celle-ci apparaît en plan large. Un autre comédien est assis dans un bar, il évoque l’endroit avec émotion, puis Biette nous montre l’enseigne de l’établissement renommé. De même, le titre « Saltimbank » associe le nom des deux héros à celui de leur structure financière, quand l’ensemble constitue bien sûr un jeu de mot avec « Saltimbanque », signe du grand écart permanent entre raison banquière et passion théâtrale. Au sein de cette logique bien rôdée, le réalisateur prend aussi le temps de rêvasser, grâce à une poignée de plans superbes et isolées ou à quelques répliques hilarantes dont celle-ci : « J’ai désormais un théâtre à Berlin, L’Allemagne m’a sauvé de la langue de Descartes »… Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion d’entendre la petite musique si particulière du cinéma de Jean-Claude Biette.