Synopsis A San Benito, petite bourgade de la côte californienne, les deux amis Richard et Justin se rencontrent régulièrement pour préparer le crime parfait. Richard est un jeune charmeur issu d'une riche et influente famille, imbu de sa personne mais qui s'ennuie et aspire aux sensations fortes d'un acte hors du commun. Justin est un pseudo intellectuel solitaire qui, mêlant nausée sartrienne, manichéisme nietzschéen et une estime de soi chancelante, voit dans le crime gratuit un acte de libération. Ensemble, ils assassinent une femme qu'ils ne connaissent ni d'Ève ni d'Adam puis laissent sciemment derrière eux des indices bidon. Ils sont si bien convaincus d'avoir commis le crime parfait alliant précision scientifique et sang-froid pur jus que l'idée d'être confondus les effleure à peine. Mais s'ils devaient l'être, c'est décidé, ils se suicideront ensemble. C'est faire bien peu de cas de Cassie Mayweather (Sandra Bullock), chargée de l'enquête avec son co-équipier Sam Kennedy (Ben Chaplin). Bien que sa réputation de super-flic ne soit plus à faire, ses collègues masculins ne l'aiment guère. Cette femme qui a failli elle-même être tuée par son mari se méfie des indices un peu trop voyants laissés par les tueurs, et dirige ses soupçons vers les deux blancs-becs. Alors peuvent commencer la guerre psychologique d'usage et le petit jeu du chat et de la souris entre la police et les assassins présumés, avec tantôt l'avantage pour les uns, tantôt pour les autres.
Critique Sans même avoir entendu parler de ceux qui ont inspiré ce film (les jeunes tueurs Leopold et Loeb dans le Chicago des années 20) ni avoir vu le film qu'en a tiré Hitchcock, « Rope », déjà on connaît l'histoire. Hormis quelques rebondissements inédits savamment saupoudrés dans le scénario, le film de Barbet Schroeder est à tout moment parfaitement prévisible. Bien sûr, ce n'est pas fatalement le verdict qui tue pour un psycho-thriller, si les personnages sont intéressants et la psychologie cohérente. Mais ce n'est même pas le cas. Dans ses précédents films (« Charles Bukowski », 1992 ; « Barfly », 1987 ; ou « JF partagerait appartement »(« Single, White, Female »), 1992), Schroeder a parfois réussi, dans l'uniformité de la machine hollywoodienne, à donner vie à ses personnages. Mais on est ici en présence des clichés mille fois rebattus d'une dramaturgie du suspense sans surprise et sans relief. Une fois de plus, l'élucidation du crime se présente comme une course contre la montre où l'inspectrice n'a d'égaux que les tueurs surdoués et doit bien sûr se coltiner la bêtise et l'ignorance de ses supérieurs. Même une Sandra Bullock ne peut parer au désastre. Elle se contente donc de jouer avec tout le professionnalisme qui est le sien le rôle de cette pauvre commissaire elle-même traumatisée, qui passe ses jours et ses nuits à enquêter et à faire des recoupements, et qui soudain fait preuve d'un tel dilettantisme qu'elle en devient drôle sans le vouloir, y compris dans les rares moments du film où le suspense est au rendez-vous. Dommage, le film aurait pu être une bonne occasion d'alimenter utilement le débat actuel sur ces collégiens dont on se demande comment ils peuvent soudain, sans motif apparent, se transformer en tueurs. Par sa structure simpliste et sa psychologie à deux sous, CALCULS MEURTRIERS ne fait que nourrir les préjugés classiques. On se demande bien ce que ce film vient faire dans la sélection officielle du festival, même s'il ne fait pas partie de la compétition.