De Rituparno Ghosh (Inde, 2003, 2h47) Avec Aishwarya Rai, Prosenjit Chatterjee, Tota Roychowdhury…
Compétition internationale
Synopsis : Calcutta, 1902. Le vice-roi britannique déclenche des vagues de protestations en annonçant la partition du Bengale. Veuve après une année de mariage, le belle Binodini retrouve Mahendra et Behari, deux hommes à qui elle a été un temps promise. Elle devient la maîtresse de Mahendra, mariée à la naïve et touchante Ashalata mais se sent proche de Behari qui s’est engagé dans le combat pour l’indépendance nationale.
Critique : Par son esthétique outrée de film d’époque et son sentimentalisme naïf, « Chokher Bali » s’inscrit dans la lignée des grands drames romantiques produits à la chaîne par l’industrie Bollywoodienne. Néanmoins, certains signes distinguent cette production indienne des autres. Ainsi, restent introuvables les fameuses scènes dansées et chantées, les ballets « improvisés » en allant chercher de l’eau à la fontaine, ainsi que les ruptures de ton ou de genre : le film reste strictement dans le registre de la passion amoureuse. En outre, le réalisateur se risque à des scènes d’amour relativement osées pour un film en costume. Le ton adopté par Rituparno Ghosh rappelle furieusement les premières œuvres du duo Merchant-Ivory, de « Chambre avec vue », à « Chaleur et poussière » par une sorte de lenteur douloureuse dans le traitement des scènes intimes, une violence larvée dans les dialogues ou encore par un perfectionnisme de l’image et des décors.
Comme dans ces films, l’héroïne frondeuse se bat pour ce qu’elle croit être sa liberté et se perd elle-même pour enfin renaître à une nouvelle existence. Mais voilà, de la lenteur à la lourdeur, il n’y a qu’un pas très vite franchi par Rituparno Ghosh, loin d’égaler les maîtres du genre. Les acteurs, dont la sublimement belle Aishwarya Rai déjà remarquée dans la superproduction « Devdas », se battent pour montrer leur talent qui étouffe sous des tonnes de dialogues, réenregistrés en son indirect, des dialogues qui époustouflent par leur candeur ou leur ineptie à la limite du ridicule. Il faut aimer déraisonnablement les sucreries et les jolies images pour apprécier ces presque trois heures de chronique amoureuse sirupeuse sur un très léger fond de révolte politique chocolaté. Barbara Cartland aurait pu l’écrire, Rituparno Ghosh l’a filmé.