(Bolivie / Etats-Unis, 2003, 1h45) De Rodrigo Bellott Avec Alexandra Aponte, Roberto Urbina, Jorge Antonio Saavedra, Arturo Lora, Liv Fruyano…
Compétition Internationale
Synopsis : Une jeune Bolivienne, timide et secrète, harcelée constamment pour des broutilles par son père, participe à la fête somptueuse d’anniversaire d’une de ses amies de classe. Un adolescent colombien introverti rend visite à son cousin fêtard à Santa Cruz. Un étudiant, play-boy richissime et choyé par sa famille, quitte Santa Cruz pour étudier dans un campus universitaire à New York. Une jeune femme noire du Bronx raconte son vie dans une chambre aux lumières tamisées. Ces histoires se mêlent et s’entremêlent à coups de traumatismes successifs.
Critique : Début. L’écran se divise en deux carrés. Sur chaque « partie » du split-screen, cadrées au ras du sol, des chaussures avancent dans la poussière d’un bord de route, les voitures passent, des cris sourds fusent sur un autre trottoir. Ni tout à fait les mêmes, ni tout à fait différentes, les images filmées en DV se suivent et se suivront pendant toute la projection dans une subtile combinaison, un mélange dont la chimie fascine ou provoque la répulsion pour de bon. Les deux caméras suivent de temps en temps la même fille. En apparence, l’écran retrouve parfois une unité, qui se révèle illusoire, les caméras légèrement décalées dans l’espace ou dans le temps, s’éloignent radicalement pour capter des actions totalement dénuées en apparence de tout lien.
Au delà du parti-pris radical et du dispositif expérimental, ce film raconte une histoire, ou plus exactement plusieurs histoires qui elles-aussi possèdent entre elles un air de famille troublant et pour qui entre dans le jeu complexe du kaléidoscope de visions. Si cette même idée avait été explorée en 2000 par Mike Figgis dans l’affligeant et inepte « Timecode », elle trouve ici toute sa mesure et tout son sens. Lorsque le jeune prodige du cinéma bolivien au parcours si « Wellesien », Rodrigo Bellott raconte ces traumas qui bouleversent des jeunes gens encore dans leur chrysalide. Derrière le racisme, l’homophobie et la lutte des classes, des maux si banals, si quotidiens et si violents, se cache une autre douleur : cette « dépendance sexuelle » qui ravage leurs vies encore fragiles. Le cinéaste vise alors juste et touche au plus profond, se permettant même le luxe de nous mener sur de fausses pistes pour créer le choc et la surprise. Cette surprise si rare d’une émotion en lame de fond.