(Silent Water) (Pakistan / France / Allemagne, 2003, 1h39) De Sabiha Sumar Avec Kirron Kher, Aamir Malik, Arsad Mahmud, Salman Shahid… Compétition internationale
Synopsis : Pakistan. 1979. Le Général Zia-ul-Haq a instauré la loi martiale et dans quelques mois le pays deviendra par décret un état islamique. Aïcha, femme épanouie d'une quarantaine d'années, consacre sa vie à l'éducation de Salim, son fils de dix-huit ans, dans la petit village de Charkhi, au Pendjab pakistanais. Salim, calme et rêveur tombe amoureux de la belle Zoubida. Après l'arrivée de deux militants islamistes au village, les choses se mettent à changer, Salim, enrôlé, devient agressif et quitte Zoubida. Des traumatismes plus anciens se révèlent peu à peu.
Critique : Ce premier film très abouti de la réalisatrice pakistanaise Sabiha Sumar se construit autour de deux axes distincts : celui de la politique à travers le récit les bouleversements successifs que subissent les habitants de ce village du Pendjab, celui de la mémoire et du souvenir, de ces mécanismes et de son action implacable sur l'existence de chacun. L'arrivée de l'Islamisme dans ce hameau à l'apparence si calme se fait aussi absurdement que calmement. Les plus timides se métamorphosent dans une logique sans faille en hommes acharnés, sourds et aveugles au monde qui les entourent. La pression monte insensiblement et l'intolérance avec elle. Toutes les scènes entre le militant intégriste islamiste et le coiffeur tolérant et effrayé par la montée inconcevable de tant de haine sont, de ce point de vue, extrêmement réussies. Derrière ces paroles resurgissent d'autres paroles, d'autres menaces plus anciennes, celles d'un mouvement extrémiste politique qui conduisit les gens à une mort aussi certaine qu'organisée il y a soixante ans en Europe. Le jeune Salim valorisé par un groupe tombe dans une violence aussi intérieure qu'extérieure. Il ne comprend, n'entend plus la fille qu'il aime ou sa mère désemparée. Le deuxième axe, celui de la mémoire, permet à la cinéaste d'éviter tout manichéisme en évoquant d'autres massacres, de l'autre côté de la barrière. Aïcha, victime d'une tentative de meurtre traumatisante des années plus tôt, redevient la proie des ces anciens démons. Elle revit une situation dangereuse, bouleversante, dont elle ne se sortira pas cette fois-ci. Le puits du village à l'eau sombre, théâtre tragique de tant de morts, symbolise cette mémoire noire qui détruit les êtres, cette " eau silencieuse " du titre qui engloutit tout sur son passage. Les souvenirs remontent à la surface de l'eau pendant que les êtres y sombrent insensiblement, comme cette silhouette blanche qui disparaît. En silence.