Mister V D'Emilie Deleuze (France, 2003, 1h35) Avec Mathieu Demy, Aure Atika, Patrick Catalifo Section : Compétition internationale
Synopsis : Jeune chercheur un peu lunaire, Lucas (Mathieu Demy) est obsédé par l'analyse du mouvement : celui des chevaux. Son frère Luigi (Patrick Catalifo), d'un naturel plus concret, est éleveur. Ayant acquis de manière douteuse un étalon, Mister V, qu'il doit par la suite supprimer pour des raisons financières, Luigi s'attache à l'animal, mais celui-ci le blesse mortellement. Lucas se propose d'aider la famille endeuillée de Luigi et s'installe chez lui. A son tour, il commence à entretenir une relation énigmatique avec l'animal.
Critique : En situant son deuxième long métrage dans le monde, rarement filmé, des éleveurs de chevaux, Emilie Deleuze fait preuve d'une ambition aussi atypique et peu soucieuse de glamour que celle qui présidait à " Peau neuve ", tourné il y a quatre ans et qui se déroulait dans le monde des chantiers. Les étalons ont remplacé les bulldozers, mais l'intention apparaît similaire. Il s'agit de confronter des personnages typiques de la fiction " à la française " (un jeune homme introverti et maladroit comme Lucas) à une entité qui n'obéit pas aux mêmes règles que lui : une machine, comme dans " Peau neuve ", ou un bloc de muscle en mouvement, comme le pur-sang qu'est Mister V. Par cet empêchement à l'établissement d'un échange intellectuel traditionnel, Emilie Deleuze cherche à filmer autre chose, quelque chose de moins formulé, et elle le réussit plus d'une fois, lors des scènes presque muettes et tournées dans le box du cheval, où Lucas se retrouve seul à seul avec ce véritable spectre de chair aux yeux rougis qu'il se contentait d'étudier dans son laboratoire et qu'il ne sait comment appréhender. Malheureusement, le film en reste là et le caractère impressionnant de ces scènes en revêt un aspect, sinon gratuit, du moins abscons. Car la nature énigmatique et anti-cérébrale du récit n'est jamais relayée par la mise en scène, qui se méfie de la forme, ou par l'écriture, qui semble confondre le refus de l'explication à celui d'une incapacité à communiquer quoi que ce soit. Dans ce contexte, les multiples allusions qui jalonnent le récit (a-t-on modifié l'ADN du cheval, ce dernier apparaît-il comme une entité maléfique ou possède-t-il simplement un charisme surhumain ?), jamais explicitées mais d'une nature qui engage à une réflexion plus construite chez le spectateur, semble représenter, au regard de l'intention initiale, un pas en arrière. Cheval qui s'en dédit !
Julien Welter
Mister V
Synopsis : Lucas met au point un programme informatique permettant d'étudier précisément les mouvements des chevaux. Il n'a jamais fait d'équitation et a même peur des chevaux. Son frère Luigi est, quant à lui, éleveur de chevaux. Lorsque Luigi est piétiné à mort par Mister V - un étalon indomptable - le timide Lucas tente d'aider sa belle-sœur. Mais rien ne se déroule comme prévu. Le voilà qui tombe tout d'abord amoureux de sa belle-sœur, puis de Mister V...
Critique : à la différence de son célèbre père, Gilles Deleuze, Emilie Deleuze ne semble pas avoir confiance en la langue des humains, du moins, c'est ce que raconte son film. Emilie Deleuze narre l'histoire d'un cheval extraordinaire qui contraint l'homme à devenir animal. Malgré sa crainte des chevaux, Lucas est tellement fasciné par l'étrange animal qu'il va même jusqu'à s'installer auprès de lui, dans l'écurie. Et ce, bien que ce cheval sauvage ait la mort de son frère Luigi sur la conscience. Pour le spectateur, cet amour exagéré de l'animal est tout aussi incompréhensible que pour la veuve de Luigi, qui finit par mettre Lucas à la porte.
Qu'est-ce qu'Emilie Deleuze voulait nous dire précisément avec ce film ?? Cette curieuse histoire dissimule-t-elle un message caché ? Un cheval éprouve-t-il des sentiments ? Un cheval peut-il être un assassin ? Ou bien s'agit-il tout simplement d'une histoire d'amour d'un autre genre ?? Comme dans les rares films dans lesquels un animal joue un grand rôle, Mister V est le personnage clé du film. La sauvagerie se traduit avant tout dans les passages vacillants, tournés à l'aide d'une caméra portative et complétés par de nombreux piaffements. En comparaison, les informations sur les personnages de Lucas, Luigi, sa femme et sa fille sont bien minces. Et le spectateur s'identifie donc plus à Mister V qu'aux autres personnages. Quant à moi, je serais ravie d'interviewer Mister V et de lui demander son avis. Il a certainement bien des choses à nous dire.