(projection suivie de " Humiliés ") De Jean-Marie Straub et Danièle Huillet (France, 2003, 1h05) Avec Romano Guelfi, Rosalba Curatola
Section : Cinéastes du Présent
Synopsis : Ce film constitue l'épilogue d' " Ouvriers, paysans " tourné en 2001 par les Straub, où un groupe d'hommes et de femmes s'unissaient en communauté paysanne indépendante pour vivre du fruit de leur travail. L'utopie se révélait de courte durée, devant les mesquineries de chacun. Adapté comme le premier des écrits de l'écrivain communiste italien Elio Vittorini, " Le Retour du fils prodigue " porte un coup supplémentaire aux chimères du groupe. Des tenants d'un esprit plus libéral cherchent à chasser le collectif de la terre qu'il cultive en invoquant froidement les " réalités du marché ".
Critique : Alors que très peu de films songent encore à aborder, à Locarno ou dans la plupart des festivals de cinéma, la question politique et celle, concomitante, de l'échange, Les Straub, comme Vincent Dieutre avec son essai " Bologna Centrale " (diffusé dans la section vidéo de " Cinéastes du Présent "), continuent à y réfléchir en axant leur travail sur la parole et surtout en veillant à rester eux-mêmes. " Ouvriers paysans ", comme ce nouveau film, se basent plus précisément sur la récitation des textes d'Elio Vittorini par des non-professionnels. Ce concept polyphonique donne la parole à l'intégralité du groupe incarnant la communauté paysanne. Néanmoins le procédé est, dans " Le Retour du fils prodigue ", plus limpide et même plus doux, en dépit du caractère toujours " non réconcilié " du texte de Vittorini. Par sa brièveté (à peine une heure), ce nouveau film réussit en effet à être beaucoup plus cinglant que son prédécesseur. Là où l'on pouvait se perdre dans le concert de voix tout au long de " Ouvriers, paysans ", " Le Retour du fils prodigue " est beaucoup plus brutal dans l'impression qu'il procure. Ici, chaque mot compte, et chaque phrase sonne comme un poing lancé ou une balle sifflante. Mais l'utilisation de la musique contemporaine, fiévreuse, dit bien la volonté de continuer un combat avec une détermination qui n'a d'égale que les coups que l'on porte à ses propres utopies. Cela, le cinéma des Straub le dit mieux que jamais, par les plans-séquences, l'absence d'affèterie quelconque et l'enregistrement pensé des voix récitant les textes de Vittorini.