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Emission du 09 février 1999 | |
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Simha Arom (retranscription intégrale du reportage) Ces images de l'arc musical NGBAKA ont été filmées par Simha AROM en 1967. Ethnomusicologue, directeur de recherches au CNRS, il raconte aujourd'hui à Archimède comment il a mis au point sa méthode d'analyse des musiques tradiotionnelles. Simha Arom J'étais musicien, j'étais musicien d'orchestre, j'étais... je jouais du cor. J'étais cor solo dans un orchestre symphonique pendant neuf ans. Il s'est trouvé que on m'a proposé de partir pour un an en Afrique pour y créer une fanfare. Comme j'étais corniste et que je parlais français et qu'il s'agissait de la République Centre Africaine qui est un pays francophone, donc on m'a demandé si je voulais partir. Comme je m'ennuyais un peu à jouer trop souvent la... " L'italienne" de Mendhelson et autres oeuvres classiques, je me suis dit : "Tiens, ça me changera les idées". Simha Arom Puis, quand j'ai commencé à travailler dans une ethnie, j'ai essayé toujours, et c'est une chose extrêmement difficile, de recueillir les termes qui sont directement liés à la musique, c'est à dire, en fait un vocabulaire technique. Or, il n'y a pas à proprement parler de vocabulaire technique. Le vocabulaire technique, il existe, il est relativement pauvre et surtout il n'est fait que de métaphores. C'est à dire que vous n'avez jamais un vrai terme comme : octave ou comme Do, Mi, Sol, comme accord majeur, vous voyez ! Ce sont... Par exemple pour parler des, de l'accordage d'un instrument : quelles sont les relations d'intervalles sur une harpe ou sur un xylophone ? Ce sont des liens de parenté qu'on vous dit. Ca, c'est la grand-mère, ça, c'est la mère, ça, c'est le fils, ça, c'est la fille et quand y en a une en trop, c'est à dire qui ne rentre pas tout à fait dans le cadre, on dit : ça, c'est le célibataire. C'est comme ça que ça marche ! Simha Arom Comment trois tambours jouent des rythmes différents et arrivent à jamais s'empêtrer là-dedans ? Comment un orchestre de dix-huit trompes où chacun joue autre chose, comment ils arrivent à s'entendre sans chef d'orchestre ? Etc, etc... Comment quarante pygmées chantent ensemble, chacun chante autre chose et ils savent quand même où ils en sont et, et c'est toujours cohérent ? Et là, je me suis dit : c'est ça qui m'intéresse ! Simha Arom Là, j'ai réfléchi, je me dis : si ces musiciens jouent ensemble et que c'est cohérent, c'est que quand ils jouent tout seul, ça doit être cohérent aussi. Ca paraît tomber sous le sens. Bon, si j'arrive à les enregistrer chacun seul et ensuite à trouver la modalité de les combiner avec les autres parties, j'aurai donc la combinaison des différentes parties. Si j'ai la combinaison des différentes parties tout en ayant la partie de chacun séparément, je peux transcrire et faire une partition. Simha Arom Alors, comment est ce qu'on fait ça ? Il fallait trouver l'outil, il fallait inventer l'outil et c'est là que j'ai mis au point un système qui est tout à fait banal, enfantin mais il suffisait d'y penser, bon, ben, j'y ai pensé ! C'est le play back ou le rerecording, enfin tout ce qu'on mixait des trucs dans la musique légère, on fait chanter des gens sous des casques puis après l'orchestre, on l'enregistre séparément puis après on colle les deux ensemble. J'ai dit : bon, ben, je vais faire la même chose mais à l'envers. C'est à dire au lieu de mixer, je vais démixer. Alors, j'ai bricolé un système avec deux magnétophones portatifs, quelques casques, des micros. Simha Arom Le principe était d'enregistrer une pièce normalement, de renrouler, de réembobiner la bande, de dire aux musiciens, là, disons qu'on a affaire à deux tambours : qui est le premier, qui intervient ? Parce qu'ils interviennent jamais ensemble, y a pas de chef donc l'un se calle sur l'autre. -Qui c'est le premier à jouer ? -C'est moi. -Bon, tu vas entendre ce que j'ai enregistré à travers un casque et tu rejoueras ta partie avec des variations comme tu veux. Simha Arom Alors, le système, il fonctionne de façon très simple : le premier musicien, il entend le tout dans son casque, il rejoue sa partie en écoutant au casque, le tout. Le deuxième musicien, il écoute le premier et il se braque, il se calle sur le premier comme il le fait dans la réalité. Simha Arom Le troisième se calle sur le deuxième comme dans la réalité... A ce moment là, j'ai, sur des pistes stéréo, j'ai toujours sur une piste chaque instrument séparé, sur les deux pistes, la combinatoire entre le premier et le deuxième et ici, la combinatoire entre le deuxième et le troisième. Ca veut dire que j'ai tout ce qu'il me faut. Il me manque une chose, c'est le régulateur du temps. Il me manque le métronome. Parce qu'ils jouent des rythmes extrêmement compliqués et moi, ce qui me manquait, c'est de savoir, dans leur esprit et dans leur cerveau quelle est l'unité de temps, quelle est la battue qui règle ça bien qu'on ne l'entende presque jamais. Et alors, à ce moment là, une fois qu'on a fini les trois enregistrements, on recommence en disant : qui veut frapper des mains ? Bon, je le transcris. Je transcris mon premier tambour et puis après je prends mon deuxième, je vois où il se calle, alors ça, c'est très amusant, ça se fait avec du papier à musique et je coupe d, des courroies comme ça, très longues ; chaque instrument, ça fait une portée, hein. Je le note sur une portée puis je coupe avec des ciseaux, alors trois choses : crayon, gomme, papier à musique, ciseaux, scotch. Ca coûte pas cher, une table de camping et voilà, sous un manguier, on est très bien. Et alors, je transcris ma première partie. Ensuite, je transcris ma deuxième partie sans me préoccuper du tout de la première. Je la transcris uniquement par rapport à cette battue, à cette pulsation qui m'a été donnée. Je la calibre et après je fais la même chose avec la troisième. Quand j'ai fait ça, je prends mon enregistrement du premier et du deuxième, je les entends tous les deux ensemble et je commence à faire coulisser mon deuxième tambour sous le premier jusqu'au moment où ce que je vois et ce que j'entends vont coïncider. A ce moment là, je mets mon doigt et mon scotch et j'arrête. Et mes musiciens, ils sont en face, hein. Comme ce sont des rythmes entrecroisés, le plus souvent, ils ne frappent pas en même temps. Ils frappent l'un dans l'autre : Poum, poum, pam, pam, pam, poum, poum, pam, pam, pam, poum, poum... Et je leur dis : moi, je vais vous chanter les deux tambours, vous allez me dire si c'est juste. Et je leur chante ce que je viens de vous chanter, par exemple, là. Ils me disent : ça va. A ce moment là, je mets mon scotch. CD-rom:"Les Pygmées, peuple et musique" conçu par Simha Arom, Serge Bahuchet, Alain Epelboin, Susanne Fürniss, Henri Guillaume et Jacqueline M.C. Thomas Co-édition: CNRS, ORSTOM et Montparnasse Multimédia |
| © 1998 ARTE G.E.I.E |