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Portrait :
Piotr Slonimski
Piotr Slonimski est généticien.
Son laboratoire, au CNRS de Gif-sur-yvette, a participé au tout premier
séquençage d’un génome complet d’organisme vivant, le génome de la levure.
Mais avant de nous intéresser
à la levure, laissons Piotr Slonimski nous rafraîchir la mémoire sur ce
qu'est un génome.
Piotr Slonimski
Le génome, c'est le contenu informatif de la cellule et ce contenu informatif
est présent sous forme matérielle, sous forme d'une molécule ; une molécule
ou plusieurs molécules. Cette molécule s'appelle ADN : l'acide désoxyribonucléique.
Vous avez ici, un modèle de la molécule. Vous avez la disposition des
différents atomes qui composent cette molécule. A cette échelle-là, le
génome de la levure ferait plusieurs centaines de kilomètres. Le génome
ou l'ADN de l'homme ferait plusieurs centaines de milliers de kilomètres,
donc ferait plusieurs centaines de fois le tour de la terre, à cette échelle-là.
Mais, en réalité, la molécule est extrêmement petite. Elle est microscopique
puisque toutes ces molécules sont logées dans chaque cellule. C'est un
texte. On peut traiter cette molécule comme un texte parce que les différentes
parties de cette molécule, il y a chez tous les êtres humains ce qu'on
appelle des bases ou parfois on dit des lettres, qui sont : A pour Adénine,
T pour thymine, C pour cytosine et gua... G pour guanine. Et la suite
de ces lettres constitue des mots qui sont plus ou moins longs exactement
comme dans notre langage. Déchiffrer le génome, ça veut dire tout simplement
établir le texte.
Pourquoi la levure a été choisie comme modèle de l'étude des cellules
vivantes ? Parce que c'est une cellule qui est simple et en même temps,
elle a toutes les propriétés qui existent dans les autres cellules vivantes
des plantes ou des animaux. Dans ce laboratoire, nous avons participé
au séquençage complet du génome de la levure. Et la séquence de douze
millions six cent mille et quelques lettres a été complètement déchiffrée.
Vous avez, dans ce classeur, mettons, une dizaine de gènes. Dans ce gène,
vous voyez sa séquence et, point important, vous avez ici l'homologue
humain de ce gène de la levure. Chaque fois que vous avez une lettre entourée
de noir, ça veut dire que c'est la même lettre chez l'homme et chez la
levure. Des homologues de ce type, on en trouve des milliers dans le génome
de la levure parce que plus de 50% du génome de la levure est homologue
à des gènes humains. L'homme et la levure sont des cousins, des cousins
lointains. Nous dérivons d'un organisme qui vivait il y a un milliard
d'années et à un certain moment qui s'est séparé en deux branches. Une
de ces branches a donné l'homme et l'autre de ces branches a donné les
plantes. On peut étudier la fonction des gènes chez la levure beaucoup
plus facilement que la fonction des gènes chez l'homme. On peut faire
des expériences au laboratoire sur la levure, on peut pas faire des expériences
sur l'homme. On peut comprendre plus facilement parce que l'organisme
est plus simple. La levure est plus simple que l'homme. On peut comprendre
plus facilement comment ces gènes fonctionnent, qu'est ce qu'ils font,
comment ils parlent entre eux, parce que finalement, la chose la plus
importante dans le fonctionnement de la cellule, c'est le dialogue des
gènes. C'est une musique harmonieuse ou bien une cacophonie si les gènes
se mettent à rompre les régulations ou les intégrations dans ce dialogue.
Le cancer est une forme de cacophonie dans laquelle certains gènes échappent
aux régulations, c’est-à-dire au dialogue avec les autres gènes. Donc,
c'est pour ça que la levure sert de modèle pour comprendre le fonctionnement
des cellules vivantes, aussi bien des animaux que des plantes.
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