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Tout est
relatif
HUGO :
Aujourd'hui, je voudrais
que tu m'expliques quelque chose. C'est à propos d'un truc que j'ai vu
ou entendu à la télé. Pourquoi quand tu vas à la vitesse de la lumière
et que tu fais un voyage pendant vingt ans autour de la terre, quand tu
reviens t'auras pas vieilli ? Pourquoi ?
PEDAGOGUE :
Tu le sais sans doute pas mais alors là, tu mets le doigt sur une des
questions les plus compliquées de la science, alors ! Comme toutes les
questions liées au temps, d'ailleurs. Alors t'attends pas à ce que je
puisse te donner une réponse vraiment complète et satisfaisante ! J'y
arriverai pas, c'est trop compliqué. Bon, alors, d'abord, il faut que
tu saches que ce que tu as vu à la télé, Hugo, c'est de la science fiction,
parce qu'on ne peut pas voyager à la vitesse de la lumière, c'est complètement
impossible.
HUGO :
Eh ben, je sais pas, ils ont mis sur une voiture de course des réacteurs
de fusée et moi, je pense que ça allait à la vitesse de la lumière, non
?
PEDAGOGUE :
C'est beaucoup, beaucoup plus rapide que ça, la vitesse de la lumière
! C'est même complètement impensable qu'on puisse aller aussi vite.
HUGO :
Mais pourquoi ?
PEDAGOGUE :
Parce que la lumière, c'est pas une matière. Ca veut dire qu'elle a pas
de masse. Si tu pousses un objet lourd avec une certaine force et puis
maintenant, un objet léger avec la même force, lequel de ces deux objets
va aller le plus vite, à ton avis ?
HUGO :
Ben, c'est le plus léger.
PEDAGOGUE :
Absolument. Si on est sur un terrain plat, on est d'accord. Donc, pour
la lumière qui n'a pas de masse du tout, la vitesse, elle est maximale.
Et cette vitesse, elle va constituer une limite pour nous, les pauvres
petits êtres lourds que nous sommes, et on pourra jamais la rattraper.
HUGO :
Oui, mais si tu prenais une fusée hyper puissante...
PEDAGOGUE :
Hum, hum...
HUGO :
... ben, t'aurais assez de vitesse pour ne pas vieillir !
PEDAGOGUE :
C'est de la science fiction que tu racontes. Mais bon, imaginons, ok.
Je vieillirais mais beaucoup moins vite. Plus j'irais vite moins je vieillirais.
Par contre, pour la lumière, le temps s'écoule pas et donc elle vieillit
pas la lumière. Tranquille !
HUGO :
La lumière, elle peut pas vieillir, c'est pas humain, c'est pas vivant.
Mais nous, si on vieillit moins vite, ça va faire quoi pour le coeur?
PEDAGOGUE :
Justement, tu parles de coeur. Mettons que moi, je sois sur ce vaisseau
! Mon coeur, il bat normalement sur mon vaisseau. Et le tien aussi, il
bat normalement pour toi qui est resté en bas sur la terre? Bon, mais
si on compte tous les deux combien on a eu chacun de battements de coeur
et qu'on les compare quand je reviens, on s'apercevra que le mien, de
coeur, il a battu beaucoup moins de fois que le tien.
HUGO :
Mais comment c'est possible ? Je comprends pas, pourquoi mon coeur, il
battrait plus vite que le tien ?
PEDAGOGUE :
Il bat pas plus vite,
il bat plus de fois dans un temps donné. En fait, ce qui se passe dans
le vaisseau, c'est toujours relatif par rapport à la terre. RE-LA-TIF.
Tu connais un peu ce mot ?
HUGO :
Non.
PEDAGOGUE :
Relatif, justement, on va en parler de ça. C'est la relativité, mais c'est
un mot qui est un peu impressionnant ? Mais, ça veut dire : c'est pas
absolu, si tu veux. C'est par rapport à quelque chose, quoi. C'est pas
en soi.
HUGO :
Mais, je comprends pas pourquoi c'est pas le même temps entre toi qui
est dans le vaisseau et moi qui est sur la terre. C'est le même temps
!
PEDAGOGUE :
Ce qui se passe c'est que le temps, il s'écoule de la même façon pour
chacun de nous, ça c'est vrai mais pas l'un par rapport à l'autre. Alors
bon, je sais qu’c’est difficile à avaler ce que je raconte, mais après
tout c'est toi qui m'a posé la question, alors ! J'essaye de trouver des
réponses, moi ! Il faut que tu comprennes bien ce qu'on appelle... enfin,
bien, comme tu peux, ce qu'on appelle la relativité, ce drôle de mot.
Est ce que tu n'as jamais eu une impression bizarre quand tu es dans un
train et qu'y démarre ? Cette impression bizarre que c'est le train que
tu vois par la fenêtre, là, de l'autre côté du quai, qui bouge et pas
le tien ?
HUGO :
Ah, si, ça m'arrive tout le temps, ça.
PEDAGOGUE :
Bon, alors maintenant, imagine que ce train, il prend de la vitesse et
y a une vache qui reste là à brouter de l'herbe, en regardant passer le
train. On dirait qu'on est à la campagne. Qu'est ce que tu vois, toi ?
HUGO :
Ben, je vois une vache qui broute de l'herbe !
PEDAGOGUE :
Ca, c'est sûr ! Mais encore ? (rires)
HUGO :
Ben, je la vois passer normalement. Je vois pas ce qu'il y aurait de....
PEDAGOGUE :
Oui, absolument. Tu la vois passer donc tu la vois bouger exactement comme
elle te voit bouger, elle. Si t'as pas quelque chose qui te dis que c'est
toi qui bouges et pas la vache, et ça, on appelle ça un référenciel, c'est
difficile de vous départager toi et la vache, si je puis dire ! (rires)
Bon, maintenant, imagine que c'est la nuit, que tous les rideaux sont
tirés dans le train, qu'est ce que tu peux voir, toi ?
HUGO :
Ben... je vois les gens qui dorment.
PEDAGOGUE :
Ouais. Et qu'est ce que tu sens, si on s'imagine que le train, il ne fait
pas de bruit, qu'il vibre pas ?
HUGO :
Ben, je sens rien... Je sens juste la fatigue, que je suis fatigué, que
j'ai envie de dormir.
PEDAGOGUE :
Et oui, ça, effectivement ! (rires) Tu sens rien, tu sens pas le mouvement.
Parce que si tu n'as aucune référence extérieure au mouvement du train,
c'est à dire la vache qui passe et tout ça, tu ne te rends pas compte
que tu bouges. Tout à l'heure, tu savais pas si c'était ton train ou l'autre
qui bougeait mais tu percevais quand même un mouvement. Tandis que maintenant
que tu es dans le train, la nuit et les rideaux fermés, tu perçois plus
du tout de mouvement parce que t'as pas la référence à l'extérieur.
HUGO :
Ben, quand même, je peux sentir... d'avoir les oreilles bouchées ou je
peux aussi sentir de marcher de travers quand, quand je vais aux toilettes.
PEDAGOGUE :
Tu sens ça parce qu'en fait, le train, il a pas un mouvement complètement
uniforme, il va pas tout droit. Il tourne, il change de vitesse quand
il accélère ou quand il ralentit.
HUGO :
Mais, ça m’explique toujours pas pourquoi avec la vitesse, on vieillit
pas. Parce que, moi, quand je prends le train, je vieillis, parce que
sinon, ça serait trop facile. Je prendrais toujours le train et comme
ça je vieillirais pas !
PEDAGOGUE :
Pourquoi, tu n'as pas envie de devenir vieux, intelligent et sage ?
HUGO :
En ce moment, non.
PEDAGOGUE :
(rires) Alors, bon, le truc du train, si tu veux, c’est qu'une image !
Parce qu'il faudrait déjà imaginer que tu vas au moins plusieurs centaines
de milliers de fois plus vite que le TGV pour que le temps commence à
ralentir.
HUGO :
Mais, comment ça se fait que quand on va vite, le temps s'écoule moins
vite et on vieillit moins ? Comment ça se fait ?
PEDAGOGUE :
Justement, c'est cette fameuse question qui est tellement compliquée,
quoi ! (rires) Je peux pas te l'expliquer, je peux seulement te donner
le résultat. Il faut admettre que si tu vas à une vitesse proche de celle
de la lumière, tu vieillis moins vite.
HUGO :
Et voilà ! Comme d'habitude, la réponse, c'est : on ne sait pas.
PEDAGOGUE :
Oh, moi, y a beaucoup de choses que je sais ! Si tu veux me poser une
autre question, je pourrais répondre à plein de trucs, ça dépend de tes
questions ! (rires) C'est pas exactement qu'on sait pas, si tu veux, on
sait des choses mais des choses atrocement compliquées à comprendre, alors...
Parce que tout ça, ce sont des modèles théoriques, tu comprends, des "si",
de la fiction ! Personne, en fait, n'a tenté l'expérience de ce vaisseau.
Alors, la seule réponse la plus complète que je pourrais te donner, ce
serait les calculs mathématiques qui prendrait des mois et qui t'ennuierait
terriblement.
HUGO :
Et si on allait plus
vite encore que la lumière, on remonterait le temps, on rajeunirait !
PEDAGOGUE :
Pourquoi t'as envie de remonter le temps ?
HUGO :
Ben, dans la période de l'homme au masque de fer, y a que des filles avec
des gros seins, alors c'est bien...
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