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Emission du 15 août 2000 | |
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Le son du verre Jean-Claude Chapuis est musicien et facteur d’instruments de verre. Il est l’un des trois personnages au monde à fabriquer un instrument disparu depuis le XIXe siècle, l’harmonica de verre. Jean-Claude Chapuis Le principe de mise en vibration du verre par le doigt mouillé sur le pourtour ou sur la couronne est le même que celui de l'archer sur la corde. Il s'agit du principe du stick-slip, traduction : accrocher, glisser. Le violoniste enduit l'archet de collophane, substance qui confère à l'archet des propriétés d'adhésion adéquates. L'archet entraîne la corde, il colle la corde. La corde revient mais l'archet continuant, la corde est de nouveau entraînée. Il l'accroche et elle glisse. Quand la corde revient à sa position initiale après avoir été entraînée par l'archet, c'est alors qu'elle vibre. Les vibrations de la corde compriment et décompriment l'air ; ces compressions sont transmises aux tympans, créant ainsi le son. Afin de créer et d'émettre le son avec les verres, les principes seront les mêmes. Pour mettre en vibration les verres, on se sert d'eau au titre de collophane ; le verre adhère sous le doigt mouillé puis il glisse ; le doigt continuant de tourner ré entraîne de nouveau le verre. Ainsi mis en vibration, l'air est pareillement comprimé alentour, ces compressions sont transmises aux tympans, créant ainsi le son. Mais que l'on percute ou que l'on frotte, ce sont bien les mêmes notes que l'on fait apparaître. L'intérêt du frottement permanent est qu'il entretient de façon périodique ces fréquences. Tout comme l'archet entraîne la corde, le doigt mouillé sur le verre entraîne le verre et le déforme. Car le verre est élastique. Voici comment le verre vibre. Ceci est le pourtour du verre. Voici les déformations que subit le verre sous la pression du doigt mouillé à son pourtour. Lorsque le verre passe de cette position-ci à cette position-là, il émet des vibrations, un peu comme le battement d'un cœur excité. Qui plus est, ces mouvements d'ellipse se font selon un mouvement rotatif, ainsi. Ce que l'on peut visualiser d'ailleurs dans une coupe remplie d'eau que l'on met en mouvement, où l'on voit l'eau qui irise de partout, montrant l'ensemble des mouvements extrêmement rapides de la cloche. Le timbre d'un instrument est ce qui va être sa signature, sa couleur particulière, ce qui va faire qu'on va le reconnaître parmi d'autres instruments qui jouent la même note à une même puissance. Les instruments de musique en verre sont très riches en composantes. Rappelons que le son musical est composé de diverses fréquences, composantes, dont la plus grave s'appelle le fondamental et les autres émises simultanément : les partielles. Comme on peut le voir sur ce relevé d'une cloche en verre, le son émis par celle-ci est très riche en fréquences. Comment privilégier maintenant la note fondamentale ? C'est-à-dire obtenir un do, un mi, un sol, un do, un mi, un sol. Pour ceci, nous allons jouer sur l'épaisseur de la cloche et la dimension de la cloche. Par exemple, ici, avec un diamètre large, nous avons une note grave, avec un diamètre plus réduit, nous avons une note aiguë. Ceci est le résultat de la rigidité de la structure. Plus le verre est large, moins il a de rigidité, plus nous avons une note grave ; plus le verre est étroit, plus la structure est rigide, plus nous avons une note aiguë. Mais nous pouvons aussi jouer sur cette rigidité en réduisant l'épaisseur comme nous l'avons fait ici, sur le fond du verre. Pareillement, nous allons jouer sur la rigidité en rendant le verre plus ou moins court. Un petit verre, une petite dimension en hauteur va nous donner une note aiguë ; un verre à une plus grande dimension en hauteur va nous donner une note plus grave. L'ancêtre de l'harmonica, lui, était accordé de façon différente. Les interprètes accordaient leur instrument en mettant plus ou moins de liquide dans le verre. Le défaut de ce principe étant que l'eau s'évaporant, l'instrument devient rapidement faux. D'une façon générale, les matériaux verriers offrent donc un spectre riche, complexe, intéressant et à l'intérieur même de cette variété, on peut reconnaître différentes qualités. Ici, par exemple, un verre au Borax ; ici, un verre en cristal à 22% ; ici, un verre en quartz ; un verre à 30% d'Oxyde de Plomb ou un verre dit à la potasse. Richesse du spectre, périodicité, résonance, un timbre qui dure longtemps, voilà autant d'éléments qui caractérisent les personnalités fortes que sont l'harmonica ou le séraphin. D'ailleurs cette personnalité a coûté en partie la vie à l'harmonica puisque ayant été employé par Mesmer dans des séances de thérapie collective, il a été interdit à cause de ça. Ce n'est pas la seule raison pour laquelle l'instrument a disparu. C'est aussi parce que, comme nous l'avons constaté, cet instrument a un son peu puissant et donc n'a pas pu s'imposer face aux instruments rectifiés du début du 19ème siècle : flûtes, hautbois qui étaient devenus beaucoup plus puissants. C'est précisément cette personnalité forte qui refait l'intérêt de ces instruments au 20ème siècle, où les compositeurs sont à la recherche de timbres caractéristiques et de timbres nouveau, alors qu'ils sont en fait assez anciens. Maintenant, nous allons mettre… en vibration ces différents instruments en sachant qu'il y a ici quand même deux différences importantes. Cet instrument, le cristal Bachet emploie le verre comme excitateur. Les tiges de verre vont mettre en vibration des tiges de métal ; c'est le métal qu'on entend. Ici, le verre est employé comme résonateur.
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