Retour     Archimède cette semaine     Archives     Tout savoir sur Archimède     Science Actualités  
Archimède   Emission du 20 mars 2001
  

Application

Craquantes. - Croustillantes. - Délicieuses avec du lait frais, un petit-déjeuner de rêve avec Kellog's Cornflakes.
Des millions d'enfants aux États-Unis et dans de nombreux pays d'Europe commencent quotidiennement leur journée par différents mélanges de Cornflakes, produits à partir de farine de maïs grillé. De nombreux adultes leur ont déjà emboité le pas, avec le sentiment de veiller ainsi à leur santé.

Car les croustillants flocons sont enrichis en différentes vitamines et oligo-éléments, notamment en fer. Kellog's affirme dans ses publicités qu'une portion de petit déjeuner couvre la majeure partie des besoins journaliers en ces substances.

En Norvège, tout le monde n'est pas d'accord. Le ministère de la Santé, à Oslo, a interdit à la société américaine de vendre des Cornflakes enrichis artificiellement - sur recommandation de l'agence nationale de contrôle des aliments. Argument invoqué : dans toutes les classes d'âge, la population est suffisamment alimentée en vitamines et en sels minéraux. Pour les Norvégiens, enrichir artificiellement des aliments serait donc superflu. Mais plus encore : ces aliments pourraient être nocifs pour la santé.

Sissil Lyberg-Beckmann : Nos pratiques sont parfaitement conformes aux directives du Codex Alimentarius. Le Codex Alimentarius est une organisation qui dépend des Nations unies. Elle dit également que l'enrichissement des aliments ne doit se faire qu'en cas de besoin et qu'elle doit être laissée à l'initiative des pays membres. Pour nous en Norvège, le produit Kellog's Cornflakes ne revêt aucune importance particulière. Notre seul souci est simplement de pouvoir poursuivre la politique alimentaire que nous menons déjà depuis de nombreuses années

La Norvège compte 4 millions d'habitants et mène depuis les années 1970 une politique alimentaire autonome très stricte. Des études régulières sur l'état de santé de la population le montrent : une alimentation normale fournit suffisamment de vitamines et de sels minéraux. La seule exception concerne un manque de vitamine D. Le corps la produit sous l'effet de la lumière solaire - laquelle est parfois rare dans le Nord.

L'université est installée sur les montagnes qui surplombent la ville. C'est au département des Sciences de l'alimentation de la faculté de médecine qu'ont été élaborées les recommandations adressées au gouvernement. Elles plaident explicitement contre l'enrichissement artificiel des aliments, notamment contre l'enrichissement en fer des Cornflakes.

Prof. Jan Pedersen : Il faut y voir une question essentielle. Si les sociétés agroalimentaires étaient autorisées à ajouter du fer à tous les produits qu'elles veulent - et nous sommes fortement contre -, c'est aux autorités sanitaires de décider s'il faut ajouter du fer aux aliments ou non. Et c'est à chaque pays d'évaluer la situation dans sa population. Si l'on autorise Kellog's, tous les autres producteurs de céréales vont naturellement ajouter du fer à leurs produits pour s'en servir d'argument commercial, pour augmenter leurs ventes. Et si les fabricants de céréales ajoutent du fer, l'industrie de la pâtisserie va ajouter du fer à la farine. On imagine facilement le problème : certaines franges de la population auraient alors trop de fer.

Quel est concrètement le problème sanitaire dans le cas de l'ajout de fer ? Quels effets possibles ont motivé l'interdiction adressée à Kellog's par les autorités norvégiennes ?

Prof. Jan Pedersen : Le fer est un produit chimique très actif, ce que nous appelons un pro-oxydant. Il peut déclencher des processus d'oxydation à l'intérieur du corps et détruire finalement des cellules et des tissus. Nous savons qu'une trop grande accumulation de fer dans le foie, par exemple, produit des troubles du foie ; une trop grande accumulation dans le pancréas est également néfaste et peut entraîner la mort de l'organisme.

Le cœur même peut être attaqué, ce qui est plus fréquent chez les hommes que chez les femmes. Une chose est sûre : nous avons besoin de fer pour vivre. Élément essentiel de l'hémoglobine, le colorant des globules rouges, il est responsable du transport de l'oxygène dans l'organisme.

Cinq milligrammes de fer par jour, telle est en Allemagne la dose recommandée pour les aliments enrichis et pour les compléments alimentaires sous forme de comprimés. Une personne sur cinq prend aujourd'hui des vitamines et des sels minéraux de synthèse. En avons-nous réellement besoin ?

Non, à en croire la Société allemande de nutrition dans son rapport annuel 2000 : le fait de manger de la salade et des légumes, des fruits, des produits céréaliers et - en quantité raisonnable - de la viande fournit toutes les substances vitales dont un individu a besoin pour se sentir bien. La vraie question, actuellement, est plutôt de savoir si nos besoins seront encore couverts si nous renonçons entièrement à consommer de la viande en raison de la crise de la vache folle?

Prof. Jan Pedersen : À long terme, il se pourrait bien que la crise de la vache folle entraîne une amélioration de la situation sanitaire en Europe. Les gens mangeront moins de viande. Ils consommeront donc moins de graisses saturées, qui sont la principale cause des maladies cardio-vasculaires, principale source de décès en Europe. De plus, en réduisant la production animale, nous améliorerons notre environnement.

Conclusion : jusqu'à 24 milligrammes de fer dans un petit-déjeuner Kellog's, c'est trop ! Dépêchons-nous de mettre autre chose dans notre assiette - quelque chose de non enrichi.

  © 1998 ARTE G.E.I.E