|
George V. Coyne,
astronome du pape
Le ciel du sud-ouest des États-Unis est idéal pour les
astronomes il garantit une observation non voilée de l'univers,
contrairement à l'Europe, où l'air est toujours troublé
par la pollution et la lumière.
À l'observatoire Steward
de l'université de l'Arizona, George Coyne apprend avec ce télescope
à porter un regard différencié sur notre Voie lactée.
Cet homme n'est pas un scientifique
comme les autres ; il travaille pour une autorité supérieure,
car George Coyne est l'astronome en chef du Vatican.
George V. COYNE, Astronome,
Université de l'Arizona
"Le Vatican n'a qu'un seul institut de recherches scientifiques,
c'est l'Observatoire du Vatican. Il n'en existe pas d'autre. On pourrait
penser que si cet institut devait travailler dans un seul domaine, ce
devrait être celui de la génétique, ou de la biologie
moléculaire, car ce sont des domaines très intéressants
pour leurs implications morales, éthiques et doctrinales."
Mais non, tel n'était pas le souci du pape Grégoire XIII
lorsqu'il fit construire un observatoire en 1598, afin de redéfinir
le calendrier, qui commençait à perdre les pédales.
La Tour des Vents, qui surplombe le Vatican, vit donc naître une
nouvelle tradition. Les papes suivants chargèrent ensuite les Jésuites
de garder un il sur les étoiles afin de célébrer
la grandeur de Dieu.
(en commençant en OFF)
George V. COYNE
"Le pape a simplement dit aux Jésuites, vous faites du très
bon travail, nous vous donnons des spaghettis et du vin et vous continuez
à travailler !"
Au cours des siècles,
les papes firent édifier quatre coupoles d'observation astronomique,
toutes à proximité du Vatican.
Mais la clarté croissante du ciel de Rome finit par mettre en échec
les télescopes les plus modernes, provoquant le déménagement
des astronomes en 1932. Le Vatican s'était alors ouvert aux sciences
modernes. Le nouveau siège, et jusqu'ici l'unique, à Castel
Gandolfo ne connaissait plus de tabous scientifiques.
Dans les années 40,
le pape Pie XII accorda un solide soutien financier à l'astronomie.
Les Jésuites travaillent maintenant depuis 20 ans en Arizona, car
même Castel Gandolfo ne permet plus d'effectuer des observations
de qualité.
George V. COYNE
"Avec l'installation du nouveau télescope en Arizona, nous
avons lancé de nombreux programmes, dont un par exemple qui consiste
à prendre des photographies haute résolution des galaxies
proches, qui sont des galaxies très anciennes, et de les comparer
aux galaxies très jeunes observées par le télescope
spatial Hubble, afin de comprendre comment les galaxies évoluent."
À 68 ans, Coyne, américain
de naissance, passe la moitié de l'année à l'université
de l'Arizona, dans l'un des centres d'observation astronomique les plus
grands et les plus modernes. Le reste de l'année, il vit et travaille
à Castel Gandolfo, la résidence d'été du pape.
L'occasion de discuter des derniers résultats des recherches avec
le pape en personne. En Arizona, à la chaire d'Astronomie, il n'enseigne
pas qu'à des étudiants catholiques. Lui aussi a suivi quelques
détours avant de s'engager dans l'astronomie.
(en commençant en
OFF) George V. COYNE
"C'est après être devenu jésuite, j'étudiais
alors les langues classiques aussi étrange que cela puisse
paraître, j'étudiais le latin et le grec et un professeur
de grec était également mathématicien. Très
souvent pendant les cours, il se mettait à parler d'astronomie
, cela a fini par m'intéresser. Cela m'a même tellement intéressé
que nous avons été obligés de voler des livres à
la bibliothèque pour que je puisse découvrir l'astronomie,
car à l'époque, il nous était interdit de faire autre
chose que du latin et du grec."
Coyne se contente d'un modeste
bureau - un catholique fervent au service de la science. Lors de la réhabilitation
de Galilée en 1992, il faisait partie de la commission épiscopale
mise en place par Jean-Paul II.
(en commençant en
OFF) George V. COYNE
"Je pense que l'observatoire du Vatican revêt une importance
toute particulière pour le pape actuel, car il rassemble un petit
groupe de chercheurs en astronomie très qualifiés, qui sont
également des prêtres catholiques ou des prêtres jésuites.
Pour le Pape, c'est un signe adressé au monde pour dire que l'église
s'intéresse à la science, qu'il n'y a pas de conflit entre
les deux."
Chaque regard dans l'espace
est une tentative pour décrypter le passé. Les images prises
par le télescope spatial Hubble aident à remonter l'évolution
de notre univers jusqu'au big-bang, il y a 15 milliards d'années.
(en commençant en
OFF) George V. COYNE
"C'est l'un des aspects fascinants de l'astronomie ; nous ne voyons
jamais les choses telles qu'elles sont, mais telles qu'elles étaient,
et ce n'est pas de la philosophie, c'est de la physique. La lumière
se propage à une vitesse finie. Donc nous voyons la Lune telle
qu'elle était il y a une seconde, le Soleil tel qu'il était
il y a 8 minutes, le centre de notre galaxie tel qu'il était il
y a 30 000 ans ; et le télescope Hubble a observé des galaxies
en remontant huit à dix milliards d'années en arrière.
Donc, nous observons l'univers tel qu'il était dans les tout premiers
stades de son évolution."
Depuis la Terre, Coyne ne peut
pas voir de telles images avec le télescope du Vatican ; il ne
peut remonter dans le temps "que" de cinq milliards d'années.
(en commençant en
OFF) George V. COYNE
"Mon principal domaine d'activité depuis quelques années
est ce que nous appelons les étoiles cataclysmiques variables ;
ce sont des étoiles binaires, deux étoiles qui tournent
l'une autour de l'autre. L'une des deux est une étoile superdense,
avec un champ gravitationnel très intense qui attire la matière
de l'autre étoile. Il se produit donc un échange de masse
entre les deux systèmes. La matière attirée tombe
sur l'étoile très chaude et produit des rayons X et des
sources de très hautes énergies. C'est pourquoi nous les
appelons cataclysmiques, car il s'agit d'événements tout
à fait cataclysmiques quand cette masse tombe sur l'étoile
principale. Je les étudie parce qu'il est très intéressant
de voir que les étoiles évoluent de manière très
différente s'il s'agit d'une étoile isolée ou d'un
système binaire."
Un regard vers les origines
de notre univers - avec toute la clarté et la rigueur de la science.
Comment s'accorde-t-il de l'histoire de la genèse enseignée
par la Bible ? Comment la croyance en un Dieu créateur et la vision
sobre de la science peuvent-elles cohabiter ?
(en commençant en
OFF) George V. COYNE
"Ma foi est renforcée et enrichie par ma compréhension
scientifique. Mes connaissances ne me donnent aucune raison de croire
ou de ne pas croire, mais si je crois, elles donnent plus de consistance
à cette croyance. Franchement, je trouve que la foi chrétienne
est plus en accord avec mes connaissances scientifiques que d'autres religions
du monde. Je pense parfois que le christianisme occidental permet plutôt
aux croyances religieuses d'être teintées d'une sorte de
rationalisme, nous avons un peu hérité de la méthode
scientifique dans certaines tendances philosophiques. La foi est un acte
d'amour, pas un acte de connaissance ; un acte d'amour, une relation personnelle
avec Dieu, c'est cela pour moi."
Mais où était
Dieu avant la naissance de l'univers, quand il n'y avait rien ?
(en commençant en
OFF) George V. COYNE
"Saint Augustin a étudié la question du temps avec
beaucoup de soin. Quand quelqu'un lui demandait, Que faisait Dieu avant
de créer l'univers ?, Saint Augustin disait : Avant de créer
l'univers, Dieu créait l'enfer pour les gens qui posent des questions
de ce genre. - Parce qu'en un sens, parler d'avant la création
de l'univers n'a aucun sens, puisque le temps lui-même n'existait
pas !"
Coyne ne serait pas jésuite
s'il ne savait pas lever les contradictions avec une grande finesse intellectuelle.
De même, il est permis de douter de la place centrale de l'homme
dans l'univers. Ou de s'interroger sur les conséquences théologiques
qu'aurait l'existence d'extraterrestres.
(en commençant en
OFF) George V. COYNE
"Le système planétaire n'est pas né par miracle,
mais par les lois ordinaires de la physique. Aussi même d'un point
de vue statistique, nous pouvons dire que les conditions physiques de
la vie dans l'univers sont certainement réunies. Mais la vie que
nous découvrirons sera-t-elle une vie intelligente ? Aura-t-elle
la dimension spirituelle qui caractérise les êtres humains
? À une époque, il y a plusieurs siècles, on aurait
été traité d'hérétique si l'on avait
dit qu'il pouvait exister de la vie ailleurs, encore plus une vie spirituelle.
Mais je pense que nous avons mûri dans notre compréhension
de l'univers, dans notre croyance religieuse. Donc ce n'est plus une hérésie,
mais c'est un défi. Par exemple, pour un chrétien comme
moi, le Christ est vraiment le fils de Dieu et il est un véritable
être humain. Bien, le Christ a-t-il pu se rendre sur d'autres planètes
pour la rédemption d'autres êtres ? Il me semble que ce ne
serait pas très facile à concilier avec la foi chrétienne,
mais notre connaissance des choses s'enrichit régulièrement
et nous devons être prêts à raisonner en des termes
beaucoup plus vastes que par le passé."
Aujourd'hui déjà,
les catholiques sont autorisés à ne voir dans la genèse
qu'une allégorie, un récit imagé, grâce à
la science. Mais rien de plus.
(en commençant en
OFF) George V. COYNE
"Je ne crois pas que la science peut découvrir la vérité,
ou découvrir Dieu. La science est une quête bien particulière
de la vérité. Nous ne possédons pas la vérité,
nous essayons juste de nous en approcher par nos recherches. Dieu est
en dehors de cela, sa nature intime est en dehors de la recherche de la
vérité scientifique, même si elle lui est très
liée. Je crois sincèrement que Dieu est à l'origine
de tout ce que j'ai étudié, donc que tout ce que j'étudie
en tant que scientifique me permet de mieux réaliser à quel
point Dieu est à l'origine de toute chose. Mais la science ne m'apportera
jamais la vérité ultime, ni la connaissance ultime de Dieu,
car Dieu est un mystère complet !"
"Dieu ne joue pas aux
dés " : Richard Morris présente un remarquable aperçu
de la naissance du cosmos jusqu'aux origines de la vie. Paru chez Europa
Verlag.
"L'homme devant l'incertain",
par Ilya Prigogine, est un très beau recueil d'essais sur l'incertitude
en physique, en biologie et en chimie. Paru chez Odile Jacob.
|