Retour     Sommaire de la semaine     Archives     Tout savoir sur Archimède     Science Actualités  
Archimède   Emission du 25 septembre 2001
  

Chimiothérapie en douceur.

Toutes les stratégies de lutte contre le cancer visent à bloquer la croissance des cellules tumorales pour finir par les détruire. La chimiothérapie est jusqu'ici l'une des méthodes les plus efficaces. Les médicaments employés sont des poisons cellulaires qui tuent les cellules tumorales. Mais les patients doivent endurer d'importants effets secondaires. Car ces substances endommagent également les cellules saines.

Au Centre allemand de cancérologie, des chercheurs travaillent à l'optimisation de la chimiothérapie. L'objectif est d'administrer les médicaments de manière ciblée, uniquement aux cellules cancéreuses.
L'origine de cette nouvelle stratégie part du fait qu'il règne dans les cellules tumorales un pH plus faible, plus acide, que dans les tissus sains. Les scientifiques ont cherché une substance anti-tumeur qui ne soit active que dans un environnement acide. Avec le thioplatine, un composé de soufre et de platine, ils ont trouvé ce qu'ils cherchaient.

Dr. Amtmann :

"Dans un tissu sain, le thioplatine est un complexe fermé qui bloque solidement le platine. Dans une tumeur, du fait de l'acidité du milieu, le complexe s'ouvre et le platine est libéré. Il peut dès lors réagir avec l'ADN de la cellule tumorale et tuer celle-ci. Si des parties du thioplatine reviennent dans le tissu normal après être passées dans une tumeur, le complexe se referme et le thioplatine n'inflige aucun dommage au tissu sain."

Un traitement avec ce produit présenterait donc des effets secondaires nettement moindres que les chimiothérapies classiques. On ne dispose encore d'aucun médicament, mais un laboratoire pharmaceutique travaille actuellement sur cette méthode aussi simple que géniale. Car le principe de base de cette approche pourrait aussi conduire à d'autres innovations.

Dr. Amtmann :

"On connaît depuis des années de nombreuses différences qui permettent de distinguer les cellules tumorales des cellules normales. Il est possible d'exploiter ces différences d'une manière ciblée. Dans notre cas, c'était la production d'acide, mais il existe de nombreuses autres différences que l'on pourrait certainement exploiter."

Des chercheurs du laboratoire du docteur Hannsjörg Sinn ont également recherché des particularités des tumeurs que ne présenteraient pas les tissus sains. Ils espèrent ainsi piloter des médicaments contre le cancer jusque sur la tumeur, pour éviter qu'ils développent leur effet ailleurs.
Dans ce cas, les scientifiques ont profité du fait que les tumeurs ont besoin de beaucoup d'énergie pour grossir. Or pour s'alimenter en énergie, elles consomment notamment la propre albumine du corps, qui est présente dans le sang.

Dr. Sinn :

"Après avoir mesuré la quantité d'albumine qui est absorbée par des tumeurs normales, solides, nous avons essayé d'utiliser l'albumine comme un cheval de Troie pour introduire dans la tumeur, de façon sélective, des substances étrangères avec des effets thérapeutique."

Les médicaments ont donc été couplés à l'albumine. Quand celle-ci est consommée par la cellule cancéreuse, elle absorbe également le produit actif et meurt. Le médicament est donc assimilé plus lentement par l'organisme et a un effet prolongé. En comparaison, si l'on n'administre que le médicament isolé, il est digéré beaucoup plus rapidement et agit moins longtemps. Mais les chercheurs se sont trouvés alors face à un autre problème.

Dr. Sinn :

"Au début, très peu de gens, pour ne pas dire personne, ont cru que cette méthode simple avec l'albumine permettrait d’administrer un traitement efficace. Nous avons donc remplacé les cytostatiques – les médicaments du traitement – par des colorants. Tout simplement pour démontrer que la préparation que nous administrions arrivait précisément dans la tumeur maligne et n'apparaissait pas dans les tissus sains. Cela nous a permis de démontrer également, grâce à ces colorants, pourquoi nous n'avions aucun effet secondaire lors du traitement."

L'efficacité du procédé a d'abord été vérifiée sur une tumeur au cerveau d'un rat. Aux ultraviolets, le colorant introduit par le biais de l'albumine n'apparaît effectivement que dans la tumeur, en haut à droite. Cela prouve que le colorant n'a atteint que les cellules cancéreuses, pas les tissus sains. Un médicament qui agit uniquement sur les cellules malades provoque nettement moins d'effets secondaires. La gêne est même tellement faible qu'un traitement ambulatoire serait envisageable.
Mais cela nécessite encore d'autres travaux de recherche.

Une autre idée consiste à utiliser des traitements génétiques pour provoquer le suicide des cellules cancéreuses. Partant du succès des traitements du cancer de la thyroïde, que l'on peut détruire avec de l'iode radioactif, les scientifiques de l'équipe du professeur Uwe Haberkorn ont doté d'autres cellules cancéreuses d'un gène extrait des cellules de la thyroïde. Ce gène force les cellules tumorales à absorber l'iode radioactif. Le critère déterminant est que les cellules cancéreuses conservent l'iode radioactif suffisamment longtemps.

Prof. Haberkorn :

"Nous essayons de copier vers d'autres cellules tumorales la capacité des cellules thyroïdiennes à emmagasiner l'iode. Nous y parvenons en introduisant dans ces tumeurs certains gènes dont nous pensons qu'ils sont responsables de l'accumulation de l'iode dans la thyroïde. Il y a par exemple un gène d'une protéine de transport qui s'appelle le symporteur iodure de sodium. On peut imaginer ce symporteur iodure de sodium comme une pompe qui envoie de l'iode radioactif à l'intérieur de la tumeur."
... et qui pourrait bientôt servir à traiter la tumeur.

Malgré leurs différences, les trois méthodes présentées ont en commun leur principe de base et leur objectif : elles profitent de certaines propriétés des cellules tumorales pour acheminer des médicaments directement et exclusivement vers les cellules cancéreuses. On espère ainsi pouvoir traiter plus efficacement les cancers avec des effets secondaires moins lourds.

 

 

  © 1998 ARTE G.E.I.E