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Archimède   Emission du 20 novembre 2001
  

Faire la pluie et le beau temps

Un orage d'été à Moscou. Les averses ou la grêle perturbent la circulation, mais elles peuvent aussi dévaster des régions entières.Dans le monde entier, des scientifiques mettent au point des techniques qui permettraient de réguler les précipitations. En Russie, ces recherches ont débuté dès les années 30.
Une forte chute de neige pose des problèmes et pas seulement dans les grandes agglomérations russes. Or les opérations de déneigement sont coûteuses. D'après des experts russes, elles coûtent même plus cher qu'empêcher la neige de tomber en employant des techniques dites de protection météorologique.
À l'aide de produits chimiques, on disperse les nuages ou bien on les gèle pour empêcher qu'il pleuve. L'intervention s'effectue depuis un avion. En Russie, on utilise principalement de la glace sèche, de l'azote liquide ou de la poudre de ciment.
De courageux pilotes volent, par mauvais temps, en plein milieu des nuages.

Viktor PETROV :

"Cela a été nécessaire à Tchernobyl, par exemple. Dans un rayon de 30 kilomètres, nous avons détruit les nuages avec une poudre à forte dispersion, afin d'éviter les retombées. Mais dans la plupart des cas, nous poursuivons l'objectif inverse : nous augmentons la quantité de précipitation dans des régions où il ne pleut pas assez.Notre technique actuelle d'intervention nous permet de provoquer jusqu'à deux fois plus de pluie par rapport à ce que les nuages produiraient naturellement.En moyenne, nous sommes capables d'augmenter les précipitations de 30 %. Mais nous avons déjà obtenu des résultats nettement supérieurs, comme en 1999 au Portugal."

Malheureusement, cette technique ne fonctionne pas toujours.

Viktor PETROV :

"Il n'est pas possible de maîtriser le comportement de n'importe quel nuage. Nos possibilités d'intervention dépendent beaucoup du stade de développement du nuage, de sa microstructure et des caractéristiques de l'atmosphère. Il faut donc mesurer toute une série de paramètres avant de préparer une intervention."

On doit introduire les produits chimiques dans les nuages, au bon moment et au bon endroit. Les paramètres de navigation de l'appareil d'intervention sont donc importants. Tout comme les caractéristiques microphysiques du nuage : sa teneur en eau et en glace, sa transparence à la lumière et sa température. Celle-ci doit être comprise au maximum entre moins 10 et moins 25 degrés Celsius.
Toutes ces mesures sont effectuées pendant que l'avion traverse les nuages.
Les météorologues russes ont enregistré leurs premiers succès dans les années 60, dans les domaines de la lutte contre la grêle, de la régulation des précipitations et de la dissolution des nuages.
Leur savoir-faire a même été mis à profit régulièrement par les autorités politiques, afin d'instaurer un temps agréable lors des diverses fêtes nationales socialistes de l'année. Personne en Union soviétique ne s'interrogeait vraiment sur les conséquences possibles de l'utilisation des produits chimiques.
On a ainsi travaillé à l'époque avec un composé du plomb qui pénétrait dans le sol avec la pluie. La glace sèche et l'azote, en revanche, sont inoffensifs pour l'environnement et l'azote liquide, en particulier, est très facile à utiliser.
Tandis que la glace sèche est solide à partir de moins 78 degrés Celsius, l'azote reste liquide jusqu'à moins 195 degrés. La vapeur d'eau qui entre en contact avec ce produit gèle immédiatement. Dans les nuages ainsi traités se forment donc des cristaux de glace qui retombent sur terre sous la forme de pluie ou de neige, simplement parce qu'ils sont plus lourds que l'air.

Viktor Petrov :

"Quand nous avons travaillé sur la multiplication artificielle des précipitations, nous avons rencontré le phénomène suivant : la possibilité de produire de la pluie à partir d'un nuage est limitée, c'est-à-dire qu'une période de précipitations est toujours suivie d'une période pendant laquelle le nuage se régénère.
Alors il ne pleut plus, ou beaucoup moins. C'est dans cette phase que nous intervenons.Nous provoquons des précipitations avant qu'elles ne tombent sur le territoire à protéger."

On peut ainsi décider quelles régions recevront les précipitations et lesquelles resteront sèches.

Viktor Petrov :

"Voici l'élément chauffant et le tube à travers lequel s'échappe l'azote liquide. Puis, il y a naturellement un manomètre et les robinets qui permettent de réguler le débit.Juste avant le décollage, on introduit ici ces barres chauffantes - regardez comme ça bout ! - et on les relie aux écoutilles de décharge. L'azote liquide arrive alors dans le système de distribution à travers la trappe de sortie."

L'azote liquide est projeté dans le nuage.
Un autre produit est beaucoup plus réactif, l'iodure d'argent. Il transforme en cristaux de glace une quantité de vapeur d'eau nettement supérieure.
L'iodure d'argent est projeté à partir de cartouches. Conséquence : le traitement des nuages s'effectue de manière optimale.

Viktor PETROV :

"Le technicien derrière moi vérifie l'appareil qui projette l'iodure d'argent, dont la structure est identique à celle de la glace. C'est pourquoi des cristaux de glace peuvent se former sur des particules d'iodure d'argent. L'azote liquide fait simplement geler la vapeur d'eau, mais l'iodure d'argent sert de germe artificiel pour la croissance des cristaux de glace.L'eau présente dans le nuage s'ordonne donc autour des particules d'iodure d'argent."

Mais personne ne connaît encore les risques associés à ces interventions. Peut-être faut-il dès lors se féliciter que, depuis la chute du socialisme et la disparition de ses fêtes rayonnantes, les autorités commandent beaucoup plus rarement le "Soleil" à Moscou.

 

 

  © 1998 ARTE G.E.I.E