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Comment appréciez-vous le prix de l'Ours d'or récemment obtenu pour votre
dernier film "Intimité"?
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Qu'est-ce qui vous a motivé pour vous lancer dans la réalisation d "Intimité"?
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Comment avez-vous choisi et dirigé vos comédiens?
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Y a t-il des scènes improvisées dans "Intimités"?
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Que vouliez-vous éviter à tout prix dans les scènes
physiques avec vos comédiens?
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On compare votre premier film "L'Homme blessé" à "Intimité", qu'en pensez-vous?
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Accordez-vous une attention particulière au son?
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Il y a beaucoup de musique dans "Intimité". Pourquoi?
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Faites-vous le cadre vous-même?
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Claude Berri a dit de vous: "Chéreau, c'est une sorte de Visconti français".
Qu'en pensez-vous?
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Interview
réalisée par Olivier Bombarda, Anne-Claire Cieutat et Marc
Troonen
Elle vient chez lui, l'après-midi, il font l'amour. Ils ne parlent
pas, mais il doit se passer quelque chose entre eux parce qu'ils se lèvent
ensemble et se couchent à côté de la table, sans un
mot.
La
semaine suivante, à la même heure, elle est à la porte.
Ils se déshabillent immédiatement.
Si
le sexe est un moyen de rencontrer et de connaître les gens, que sait-il
d'elle?
Trois
ans après le très acclamé Ceux qui m'aiment prendront le train,
qui lui valut un César
du meilleur réalisateur et lui fit dire au monde du septième art : " je
me sens enfin accepté par vous ", Patrice Chéreau revient, mais sans compromis
ni apaisement, au cinéma, le sien, celui des sentiments qui s'entrechoquent
intensément. Avec Intimité, tourné en anglais, il projette cette part
d'ombre, de violence et de mésentente dans un environnement adéquat, celui
des appartements délabrés de Londres, sortes de zones de non-droit livrées
à la pourriture par leurs locataires abîmés par l'existence, où l'on organise
des fêtes sauvages pour oublier le reste et où l'on fait violemment l'amour
sur des matelas moisis. Jay (Mark Rylance) et un ami parasite aussi désabusé
que lui s'y perdent dans de longues conversations mouvementées et alcoolisées
sur l'échec de toute tentative de complicité, d'honnêteté envers soi-même
ou envers ceux qu'on tente d'aimer, dans une langue verte et hostile :
l'anglais n'est pas naturel à Patrice Chéreau et il l'a voulu comme tel,
travaillant à une sorte de distance entre ce que tentent les personnages
et les propos avec lesquels ils essaient d'expliquer leurs gestes.
Jay est homme désœuvré qui déteste son emploi dans un bar branché, où
la population cosmopolite ne fait que favoriser sa misanthropie et sa
rancœur. Reclus dans son appartement sordide et miné par l'échec de son
mariage, il reçoit chaque mercredi une femme, Claire (Kerry Fox) , qu'il
ne connaît pas et avec qui il ne fait qu'intensément l'amour, refusant
de l'expliquer car pensant qu'il n'y a pas d'explications à donner, ou
seulement des mauvaises. Mais le subterfuge va s'écrouler, symbole d'un
quête problématique qui domine tout le film. La question de la vérité
des sentiments semble l'enjeu, de même que la tentative de briser les
apparences et à cesser de jouer une sorte de comédie permanente. Claire
est justement comédienne, mais n'arrive pas à trouver le ton juste dans
le jeu dramatique, peut-être parce qu'elle se refuse à s'interroger d'abord
sur ce qui est vrai et sur ce qu'elle est soi-même. L'issue de cette quête
d'une vérité intime est illusoire et heurte plus qu'elle n'éclaire. Elle
se prête parfaitement au lyrisme sombre, mélancolique et emporté du cinéma
de Patrice Chéreau.
Julien Welter
Au
tout début du film, la caméra recompose, en plusieurs travellings, le corps
d'un homme
endormi. Eperdu de solitude et en proie à des cauchemars, il porte encore
les vêtements de la veille. Soudain, on sonne à la porte, l'homme fait entrer
une femme qui peut avoir entre 30 et 40 ans. Il s'excuse pour le désordre
et ce sont là les seuls mots prononcés. Quelques regards sont échangés puis
ils en viennent aux faits - du sexe, purement, passionnément. Tous les mercredis,
entre deux et quatre, Jay et Claire s'adonnent rituellement l'un à l'autre.
La petite caméra leur colle à la peau; au montage, la fièvre des corps a
gagné les images et le rythme est ainsi soutenu, jusqu'à l'orgasme. Aucun
détail ne lui échappe, pas même la marque des draps sur une cuisse moins
ferme. Dans son nouveau film " INTIMACY ", Patrice Chéreau ( " La Reine
Margot ", " Ceux qui m'aiment prendront le train ") fait vivre à ces deux
excellents acteurs que sont Mark Rylance et Kerry Fox, tout ce que ses protagonistes
vivent dans le film : la détresse sexuelle extrême de deux êtres qui excluent
toute émotion et sentiment de l'un pour l'autre, au point de ne plus s'adresser
la parole. Il y a quelque temps, Jay, qui gagne sa vie comme barman, a soudain
quitté femme et enfants sans autre forme de procès. Il rompt avec le quotidien
et, même s'il en souffre encore aujourd'hui, c'est la seule chose sincère
qu'il ait faite de toute sa vie. A la longue cependant, le besoin de présence
le ronge et il doit l'exprimer. Il suit secrètement Claire dans le théâtre
de banlieue, où la comédienne très moyenne joue au milieu d'une troupe off.
Il y rencontre son fils et son mari Andy. Jay se lie d'amitié avec ce dernier
pour en apprendre davantage sur Claire. Commence alors un jeu de rôle et
de cache-cache dangereux. Lorsqu'il se rend compte qu'elle le précède toujours
d'une longueur, il est déjà trop tard... Au départ d' " INTIMACY " il y
avait deux nouvelles de l'auteur à succès anglais Hanif Kureishi, ce qui
explique que, pour la première fois, Chéreau tourne en langue anglaise et
avec des acteurs anglais (Marianne Faithfull est superbe dans un second
rôle). Il plonge Londres dans des couleurs froides et en fait une métropole
bruissante à vous rendre claustrophobe, qui n'offre à ces habitants ni refuge,
ni consolation. A la fin, Jay et Claire retrouvent au moins la parole et
sont suffisamment réalistes pour s'avouer l'échec de leur tentative d'évasion
- tant de leur vie conjugale que de leur liaison. Malgré la proximité agaçante,
le regard intime de Chéreau nous vaut plusieurs instants de tristesse sublime,
un de ces rares moments véridiques qu'on aura pu vivre au cours de cette
Berlinale.