MER CASPIENNE : LE GRAND JEU. La Russie dans le Caucase. (3/4)
Quelle politique la Russie conduit-elle sur son flanc sud ? Proche de la Tchétchénie, proche des champs de pétrole, proche du militantisme islamique, de l'Iran et de la Turquie, comment Moscou joue-t-il des rivalités dans ce qui sera le Proche Orient du 21ème siècle ?
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L’accès maritime. D'abord, l'accès à la mer : Novorossiisk est le seul gros port russe sur la Mer Noire : il est désormais au bord de la saturation. Or, avec la tension permanente entre Russie et Ukraine, l'intérêt de la Russie pour les ports de la Géorgie prend son sens.
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L’axe routier. Remarquez ici la route qui longe la rive nord-est de la Mer Noire pour relier le port russe de Sotchi aux ports géorgiens de Soukhoumi, Poti et Batoumi.
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Les frontières caucasiennes de la Russie. Ensuite, le Caucase, pour la Russie, c'est la frontière avec la Turquie et l'Iran, qui sont deux voisins difficiles pour Moscou. C'est là ce qu'on appelle quelquefois "l'arc de crise moyen-oriental" : Turquie, Iran, et plus à l'Est de notre carte, Afghanistan et Pakistan. Et si cet arc est appelé "de crise”, c'est à cause de l'instabilité politique qui y règne.
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Frontières religieuses. Il y a aussi le voisinage islamique. C‘est ici la zone de contact entre chrétiens et musulmans, et la Russie est préoccupée par ce qu’elle appelerait "la contagion islamiste" : le pays compte en effet 10 millions de musulmans, soit à peu près 7 % de la population totale ; les azeris sont en majorité des musulmans chiites ; et la proximité de l'Iran chiite inquiète Moscou. II y a le souvenir de la très mauvaise expérience afghane.
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L’enjeu pétrolier. La dimension économique du pétrole d'Azerbaïdjan, où les réserves sont considérables, intéresse Moscou. La compétition pour l'extraction, l'exploitation, l'évacuation est vive entre de nombreux acteurs : les russes, les turcs, les iraniens, les européens, les asiatiques et les américains y participent.
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Déstabilisations russes au Caucase. Alors, dans ce jeu complexe, maintenant que les États du Caucase sont indépendants, Moscou cherche à s'assurer que ses intérêts sont bien pris en compte, et pour cela pratique une déstabilisation des pouvoirs politiques et une sape des indépendances économiques ; c'est à dire une politique d'instrumentalisation des conflits qui sont propres au Caucase, avec un jeu de soutiens aléatoires, croisés et variés. Comment cela se traduit sur le terrain ?
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La Géorgie. Premier cas d'étude, la Géorgie. Au moment de l'éclatement de l'URSS, la Géorgie a clairement affiché qu'elle refusait d'adhérer à la CEI. Or, comme les ossètes et les abkhazes ont manifesté des velléités d'indépendance vis a vis de la Géorgie, les Russes ont activé ces velléités pour faire pression. Ce qui a pour conséquence les deux conflits sanglants, par lesquels la Géorgie est mise en sérieuse difficulté.
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Le confllit ossète et le conflit abkhase. Le premier conflit, en Ossétie du sud, s'est arrêté avec l'arrivée d'une force d'interposition russe. Ce qui était doublement bien joué pour Moscou : affaiblir le pouvoir de Tbilissi, et positionner des forces militaires russes des deux côtés du Caucase. Le second, en Abkhazie, où les affrontements se sont arrêtés dès que la Géorgie a déclaré vouloir adhérer à la CEI, et accepter un accord de sécurité avec Moscou. Cet accord prévoit notamment la présence de quatre bases militaires russes en Géorgie, Moscou retrouvant ainsi les anciennes bases de l'Union Soviétique. Et dès l'accord, Moscou cesse son soutien aux combattants abkhazes .
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Le face à face russo-géorgien. Aujourd'hui, on a une situation où chacun tient l'autre : le risque pour les Russes serait de voir la Géorgie quitter la CEI et chercher d'autres soutiens : rappelons que tout cela se passe dans le Caucase, c'est à dire tout près de la Tchétchénie . Alors, pour sortir de ce face à face avec la Russie, les Géorgiens mettent en place un axe routier direct entre la Géorgie et la Turquie, et prévoient une ligne ferroviaire parallèle à cette route. D’ailleurs l'objectif avoué de Chevardnazé, le président géorgien, serait de récupérer les exportations iraniennes vers l'Europe, c'est à dire les faire transiter non plus par le Golfe Arabo-persique, mais via la Géorgie et la Mer Noire .
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Les réserves pétrolières azéries. Le deuxième cas d'étude dans le Caucase concerne l’Azerbaïdjan.Les réserves de pétrole en Mer Caspienne sont considérables. L'exploitation de nouveaux gisements en off-shore a commencé en 1995 au large des côtes de l'Azerbaïdjan : les principaux gisements en Caspienne sont ceux de Gunechli, Chirag et Azéri. Gunechli fournit à lui seul déjà 60% de la production actuelle. Là, deux grandes questions restent en suspens :
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La question du statut de la Caspienne. Se pose la question du statut de la Mer Caspienne qui n’a toujours pas été tranché. La Russie prétend que la Caspienne est un lac, elle ne veut pas y appliquer le droit de la mer. Avec désormais de multiples riverains, il y a plusieurs Zones Économiques Exclusives ; cela induit évidemment la répartition des hydrocarbures. Les Russes ont beaucoup de mal à accepter que ces richesses leur échappent, alors que ce pétrole avait si longtemps profité à l'empire soviétique.
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La question de l’évacuation pétrolière. Se pose aussi la question de l'évacuation du pétrole. Un consortium international gère l'exploitation des ressources pétrolières azéries en Caspienne, et Moscou a obtenu que la production azérie soit en partie exportée par deux oléoducs : l'un passera par la Géorgie, l'autre sera "russe", c'est à dire qu'il traversera la Tchétchénie et le Caucase du nord pour rejoindre le port russe de Novorossiisk, empruntant ainsi les anciens réseaux de l'ère soviétique.Là encore, c’est une belle victoire pour les Russes, qui touchent des royalties pour le passage de ce pétrole, et qui récupèrent un moyen de pression sur le gouvernement azéri.
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Prochaine émission : |
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sur ARTE Sam 08/08/1998 20h15 et Ven 14/08/1998 01h30 |
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