UN BOUCLIER ANTI-MISSILE AMERICAIN

Magazine géopolitique de Jean-Christophe Victor
Réalisation : NATACHA NISIC
Graphisme : FREDERIC LERNOUD
Tout savoir sur "Le dessous des cartes"

Diffusion sur ARTE :
samedi 17/03/2001 à 20h00
et vendredi 23/03/2001 à 00h50

Première diffusion : 20/01/2001

Diffusion sur La Cinquième :
lundi 19/03/2001 à 09h40
Première diffusion : 22/01/2001

 

Le paysage stratégique mondial a évolué depuis la fin de la guerre froide, ce qui pousse les Américains au développement d'un bouclier anti-missile. Mais pour répondre à quelles menaces ? Et avec quelles conséquences aux niveaux diplomatique, stratégique, nucléaire ?



  Les 7 puissances nucléaires déclarées
Hormis les Etats-Unis et la Russie, les 5 autres puissances nucléaires sont : - la Chine, qui dispose de 410 têtes nucléaires, dont certaines sont intercontinentales, - la France avec 350 têtes, à bord de bombardiers stratégiques ou de sous-marins, - le Royaume-Uni avec 192 têtes, déployées exclusivement sur sous-marins, - l'Inde avec maintenant 75 têtes, - le Pakistan, avec 25 têtes. Et puis, il y a Israël à qui l'on attribue environ 200 têtes nucléaires, mais Tel Aviv n'a jamais reconnu officiellement détenir des armes nucléaires. L'arsenal américain compte 7960 têtes nucléaires, sur des missiles à courte, moyenne ou longue portée, dont 3780 sont à bord de sous-marins stratégiques. Et la Russie compte 6580 têtes, dont 3590 sont sur des missiles intercontinentaux, fixes ou mobiles
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  L'équilibre de la terreur : le traité ABM
Pendant toute la période de la guerre froide, un équilibre de la terreur s'était instauré entre les deux grandes puissances, chacune pouvant frapper le territoire de l'autre avec des missiles intercontinentaux. C'est ce qu'on avait appelé la Doctrine de Destruction Mutuelle Assurée, couplée en même temps à quelques grands accords de limitation des armements. L'un de ces accords est un traité anti-balistique, le traité ABM de 1972, selon lequel chacune des deux grandes puissances ne doit disposer que d'un seul système protégeant des attaques des missiles adverses, afin de limiter la course aux armements et faire donc fonctionner la dissuasion nucléaire. Pour les Etats-Unis, le centre de commandement stratégique est situé à Grand Forks dans le Dakota du Nord, pour la Russie, à Moscou.


  Changement du paysage stratégique
Aujourd'hui, pour les occidentaux, la menace ne vient plus de la Russie, mais de quelques Etats peut-être capables de se doter d'un petit arsenal nucléaire et assez fous éventuellement pour les utiliser. Ces états, appelés "rogue states" par les experts militaires américains, qui auraient acheté technologie et savoir-faire seraient la Corée du Nord, l'Irak, l'Iran, la Libye, la Syrie, et peut-être même Cuba.
  La menace nord-coréenne
On voit ici une simulation des distances et donc du type de menace que pourrait exercer la Corée du Nord, avec des missiles à courte portée (soit 500 km) ou moyenne portée (soit 2500 km), ou bien même intercontinentaux, équipés de têtes nucléaires, ou chimiques, ou biologiques.
  Un bouclier anti-missiles : le NMD
C'est par rapport à cette menace, réelle ou supposée, que le Pentagone élabore une nouvelle doctrine de défense nationale, le programme NMD, National Missile Defence, qui consiste à déployer un bouclier anti-missiles au-dessus des 50 états américains.

  Simulation du NMD
Si un missile est tiré, visant les intérêts américains, il s'agit de le détruire en plein vol, en lançant contre lui un intercepteur à grande vitesse pour l'empêcher d'atteindre sa cible. Le tir hostile sera détecté par des satellites capteurs basés dans l'espace, puis un réseau de radars basés au sol suivra la trajectoire de l'attaquant et le moyen de le stopper sera décidé par le Centre de Commandement Stratégique des Cheyennes Mountains, dans le Colorado. 19 essais ont déjà eu lieu, dont à peu près un tiers ont touché la cible en vol. Chaque essai coûte environ 100 millions de $ et, pour détecter les tirs hostiles le plus tôt possible, il faut multiplier les radars.
  La multiplication des radars
Des travaux ont déjà été entrepris dans plusieurs endroits du monde. Proche de la base de lancement des intercepteurs, un radar ultra sensible a été positionné, dans l'île de Shémya, dans l'état américain d'Alaska. Dans le nord de l'Angleterre, la station radar de Fylingdale est en train d'être modernisée. Sur la frontière Nord Est de la Norvège, on peut repérer la construction d'une antenne parabolique de 27 mètres de diamètre, précisément dans la commune de Vardoe. Or, Vardoe est à 50Km de la frontière russe. Le radar serait parait-il destiné à suivre satellites et débris d'engins qui remplissent désormais l'espace. Mais les russes n'en croient pas un mot, car pour eux, ce radar servira à la collecte de renseignements sur les missiles russes à longue portée. Plus au nord encore, au Groenland, un autre radar existe déjà sur la base américaine de Thulé, donc la plus haute position possible au nord du globe terrestre. La position de ce radar de Thulé lui a permis de surveiller autrefois l'Union Soviétique, et sa modernisation concerne évidemment la Russie, ce qui déplait à Moscou, mais aussi au Gouvernement Autonome Groenlandais, qui ne veut pas à nouveau jouer les zones tampons entre Etats-Unis et Russie. On perçoit déjà de nombreux obstacles diplomatiques face à cette doctrine américaine. Les Chinois sont furieux, les Russes méfiants et les Européens inquiets.

  Le NMD, une violation du traité ABM
L'objectif du traité ABM était de maintenir l'équilibre de la dissuasion. Or, le projet NMD, en cherchant précisément à déployer tout un bouclier anti-missiles sur le territoire américain, viole le traité de 1972. La Chine est convaincue que le système est en fait dirigé contre elle. Pékin n'est pas signataire du traité ABM, mais en est un bénéficiaire direct, puisque la Chine peut menacer par ses propres missiles. Ensuite, la Russie ne veut pas abroger ce traité par crainte de voir son arsenal nucléaire devenir obsolète, alors que les Etats-Unis, eux, pourraient frapper sans risque.

  Vers une nouvelle course aux armements?
Face à l'éventuel risque d'une relance de la course aux armements, Moscou a proposé de s'associer aux Etats-Unis pour la lutte contre les Etats parias, avec un double avantage : d'une part, Moscou sait très bien que la réponse américaine sera négative et d'autre part, on retrouve là la vieille stratégie russe d'enfoncer un coin entre Europe et Etats-Unis, si ceux-ci acceptaient.
  Les craintes européennes
Quant aux Européens, ils se demandent quel sera le coût diplomatique et militaire d'un tel programme. Car il invaliderait la fonction stratégique des forces de frappes françaises et britanniques et mettrait par terre les règles générales de la dissuasion.
 
 
sur ARTE
Sam 24/03/2001 à 20h00 et
Ven 23/03/2001 à 00h50
 
sur LA CINQUIEME
Ecrans du Savoir
Lun 26/03/2001 à 9h40





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