LA GEOPOLITIQUE POUR
TOUS
Réputées muettes, certaines cartes peuvent
facilement devenir très éloquentes. En effet, une fois
mises en perspective par Jean-Christophe Victor dans son
émission hebdomadaire, les cartes géographiques
permettent à tout un chacun de saisir la plupart des
enjeux internationaux, qu'ils soient politiques ou
économiques.
Créé par la Sept en 1990, puis présent sur ARTE depuis
1992, "Le Dessous des Cartes" est dorénavant
diffusé chaque Lundi matin sur la Cinquième.
Comment
ce magazine est-il né ?
- Jean-Christophe
Victor : Je ne viens pas de l'univers
télévisuel puisque je suis chercheur en
relations internationales. A la fin des années
80, après avoir travaillé pour le CNRS et le
Quai d'Orsay, j'ai décidé de créer ce que les
Anglo-Saxons appellent un "think-tank"
(littéralement un réservoir à idées) qui a
pris la forme d'un organisme privé, faisant à
la fois de la consultation politique et de
l'enseignement, baptisé Lépac
(Laboratoire d'Etudes Politiques et d'Analyses
Cartographiques). A cette époque, Jérôme
Clément, le président d'ARTE, et André Harris,
le directeur des programmes, m'ont demandé de
réfléchir à une émission permettant
d'analyser l'information internationale. Depuis
sept ans, nous dispensons des cours télévisés
de géopolitique par l'intermédiaire du Dessous
des Cartes.Ce magazine est sous-tendu par
quelques idées forces:
- faire comprendre la contrainte de la
géographie, car tout événement est influencé
par le lieu où il se déroule.
D'où la présence des cartes pour seuls visuels;
-rappeler le poids de l'Histoire
dans ces événements;
- rechercher les tendances lourdes, et prendre du
recul, car ce qui est immédiat n'est pas
forcément important;
- faire comprendre plutôt que faire savoir
Notre ambition, c'est de capter l'information, de
l'analyser et de la restituer. De nombreux
éléments mis en oeuvre dans les autres
activités du Lépac peuvent venir enrichir le
contenu de cette émission.
Comment
se construit un numéro du "Dessous des
Cartes"?
- J.C.
V : Avec l'équipe de chercheurs,
Virginie Raisson, Laurence Capitaine, Frank
Tétart, notre démarche n'est absolument pas
journalistique, nous ne nous inscrivons pas dans
l'urgence mais dans les tendances lourdes. Autre
originalité : le travail sur les cartes permet
de faire varier les échelles. Nous pouvons nous
permettre autant d'aller-retour entre le
général et le particulier que nous le
souhaitons. Ce qui nous aide beaucoup dans la
conception même de nos émissions, c'est la
possibilité de faire arriver à l'écran, en
temps réel, des cartes qui illustrent le
discours et imposent un rythme de lecture.
- Concrètement,
nous choisissons nos sujets environ un an avant
la diffusion. Nous sélectionnons une quarantaine
de thèmes, tout en nous laissant une marge de
manoeuvre d'environ 20% pour pouvoir nous adapter
à un changement majeur.
- Le choix
des zones analysées correspond à la fois à une
logique géographique et à une logique
thématique. Par exemple, nous avons réalisé
une série de quatre émissions sur la Caspienne
et six numéros sur l'Allemagne et Berlin vus par
les Français.
- Une fois
qu'un théme est adopté, un des chercheurs du
Lépac approfondit le sujet, essentiellement en
lisant des revues spécialisées, des livres, en
voyageant et en ayant des entretiens à
Bruxelles, Bangkok ou Seattle. Nous dégageons
ensuite un substrat pour chaque thème et nous
nous efforçons de le "raconter" à
l'aide des cartes. Notre objectif, c'est de les
faire parler le plus possible. Pour vous donner
une idée du travail accompli, entre la version
définitive et la proposition du début, nous
écrivons en moyenne cinq à sept versions
différentes.
L'émission
s'est-elle modifiée au fil des saisons ?
- J.C.
V : Petit à petit, l'aspect
pédagogique s'est affirmé et les cartes sont
devenues de plus en plus sophistiquées. En ce
qui concerne la forme, deux changements
importants sont intervenus. D'une part, nous nous
sommes perfectionnés peu à peu, en fonction des
réactions des réalisateurs et des
téléspectateurs. Autre modification, qui peut
paraître minime, c'est le changement de format.
Nous sommes passés de sept à dix minutes et
c'est une très bonne durée, qui nous permet de
parler plus lentement, de mieux étayer nos
analyses et de présenter des livres.
Que
pensez-vous de votre diffusion sur la Cinquième ?
- J.C.
V : J'en suis très heureux. Jusqu'à
présent, notre public était plutôt constitué
d'adultes et de personnes cultivées. Je suis
ravi de m'adresser à des gens qui sont encore à
former, il y a une cohérence entre notre propos
et ce nouveau public. Pour l'instant, il n'est
pas question de modifier notre formule en raison
de cet élargissement de notre public mais je
suis très intéressé par les réactions des
téléspectateurs de la Cinquième et nous
verrons bien, sur le long terme, si nous devons
nous adapter à un public plus jeune et scolaire.
Propos
recueillis par Eric Martinet
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