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22.10
On n'est pas des artistes
Documentaire de Jean-Pierre
Vedel
(France, 2000-54mn)
Coproduction :
La Sept ARTE, Point du jour
Rediffusion
sur CANAL SATELLITE
le 17 juillet à
16.25







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Ils
ont été, ou sont encore, peintre en bâtiment,
aiguilleur du ciel, cantonnier, femme de ménage, magasinier
ou mère au foyer... Un jour, l'envie de créer les
a pris, irrésistible, impérieuse, venue d'on ne sait
où. En solitaires, ils ont inventé une forme d'art
singulier, le plus souvent figuratif, en marge de toute école,
parfois de toute culture. Entre monstres et merveilles, ils nous
ouvrent ce soir l'atelier de leur imaginaire.
"Les voisins nous prennent pour des fadas. Il y en a même
un qui m'a traité de Picasso !", dit Raymond Reynaud,
pour qui les objets trouvés prennent un visage humain. à
80 ans, cet ancien peintre en bâtiment se veut chercheur plutôt
que plasticien.
Il accumule chez lui ses tableaux pour échapper à
l'emprise du "système", et développe une philosophie
de la vie qui lui laisse le temps de créer. Alain Genty,
lui, vit seul à la campagne, après une enfance difficile.
Les infirmiers de l'hôpital psychiatrique où il a grandi
deviennent sous ses doigts de fabuleux dragons de faïence,
enfin domestiqués.
Devant la caméra, il modèle pour la première
fois un dragon de sexe féminin... Formée auprès
de Raymond Reynaud, Jeanne
Disdéro
est sujette aux apparitions, aux visions merveilleuses. Elle peint
les fantômes qui la visitent et les pays qu'elle n'a jamais
visités. Jano Pesset, né en Charente, a découvert
Picasso et Dubuffet dans les années 60 à Paris. Pour
être artiste indépendant, il est devenu magasinier
jusqu'à l'âge de la retraite : "Je gagnais ma vie
en travaillant, je faisais mes créations pour ne pas perdre
ma vie", explique-t-il. Beaucoup de ses sculptures en bois de
lierre et de noisetier sont aujourd'hui réunies au musée
de La Fabuloserie dans l'Yonne. Comme bien d'autres "bricoleurs"
de génie, Robert M. préfère taire son
nom pour montrer son uvre avec fierté et pudeur : d'étranges
géants de pierre élevés au bord d'un torrent...
Jean-Pierre Vedel a rencontré ces artistes que la renommée
laisse indifférents. Il les a fréquentés longtemps,
jusqu'au tutoiement, jusqu'à la confidence.
Puis la caméra est venue en convive discrète, fixer
pour mémoire ces visages, ces gestes, ces paroles confiées
avec humour et tendresse, pour parler d'un art visionnaire, inspiré,
et qui ignore parfois jusqu'à son nom.
Au
pays de la féerie
Uniques, inclassables, les uvres
de ces créateurs (presque) anonymes ne sont pas sans affinités
avec les productions les plus célèbres de l'art brut,
comme elles d'origine populaire, comme elles élaborées
dans les marges de la société. Au fil de ses rencontres,
Jean-Pierre Vedel présente ainsi des collages de Gaston Chaissac,
le Palais idéal du facteur Cheval, le Manège
de Petit Pierre ou encore la Maison de Picassiette.
Ferdinand Cheval (1836-1924), facteur dans la Drôme,
avait 40 ans lorsqu'il commença à ramasser des pierres
dans ses tournées quotidiennes. Pendant 27 ans, il les accumulera
dans son jardin pour ériger un immense palais féerique,
utilisant plus de 4000 sacs de ciment. Véritable chef d'uvre
ornemental, le Palais idéal du facteur Cheval, dans la Drôme,
a été classé monument historique en 1969 par
André Malraux.
Sourd, muet et borgne, Pierre Avezard, dit Petit Pierre (1909-1992),
fut toute sa vie vacher, puis bûcheron dans une ferme du Loiret.
Son Manège, travail de toute une vie, est composé
de tôles découpées, de fils de fer, de peintures
aux couleurs éclatantes. Animé par un petit moteur
électrique, le Manège comporte plus d'une centaine
de figures de métal, avec un système de télécommande
mécanique que Petit Pierre actionnait avec malice.
Raymond Isidore (1900-1964) a été surnommé
Picassiette par allusion à Picasso et aux assiettes cassées
qui lui ont servi à décorer entièrement l'extérieur
et l'intérieur de sa maison, soit 33 années de travail,
en plus de son métier de fossoyeur. La Maison de Picassiette,
acquise par la ville de Chartres, a été elle aussi
classée monument historique en 1983.
(Source : Michel Ragon, Du côté de
l'art brut, Albin Michel, 1996)
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