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Signé
Jean Renoir et servi par une distribution impeccable, un chef-d'œuvre
généreux, humaniste et universel, doublé d'un immense succès populaire.
Au cours de la Première Guerre mondiale, l'avion du capitaine de
Boeldieu et du lieutenant Maréchal est abattu par l'appareil de
l'officier allemand von Rauffenstein. Internés dans un camp de prisonniers,
les aviateurs français sympathisent avec quelques compagnons d'infortune
qui échafaudent un plan d'évasion. Mais ils sont transférés dans
une prison forteresse commandée par von Rauffenstein. Un profond
respect s'établit entre de Boeldieu et von Rauffenstein, tous deux
d'origine aristocratique...
En
1937 le souvenir de la Grande guerre a un goût de revenez-y tant
la montée des nationalismes dans une grande partie de l'Europe est
menaçante. D'où le titre prémonitoire de ce grand classique du cinéma
mondial. Magnifique parabole pacifiste, "La Grande Illusion", montre
en effet comment les affinités sociales se manifestent malgré les
barrières nationales. "La peinture de ce milieu me permettait d'insister
sur une théorie qui m'a toujours été chère, a confié Jean Renoir.
Les hommes ne se divisent pas en nations mais peut-être en catégories
de travail. C'est ce que l'on fait qui est notre véritable nation."
Tournant résolument le dos a tous les poncifs des films de guerre,
le cinéaste distille un bouleversant message humaniste, sans jamais
porter de regard moral sur ses personnages, Allemands ou Français.
Voilà sans doute le long-métrage le plus populaire et mythique de
l'imposante filmographie de Jean Renoir, même si certains critiques
lui préfèrent "La Règle du jeu". Réalisé un an après des "Bas-fonds"
nettement moins renommés - qui marquaient d'ailleurs sa première
collaboration avec Jean Gabin, elle se poursuivra avec "La Bête
Humaine" (1938) puis "French Cancan" (1954) - "La Grande Illusion"
s'inscrit dans l'époque de sa plus grande originalité. Une période
pendant laquelle son œuvre est particulièrement influencée par le
réalisme. "Je suis un homme du XIXe siècle et j'ai besoin de l'observation
comme point de départ", avouait-il. Accueillie, triomphalement,
par le public comme un film de gauche, "La Grande Illusion" a été
mise à l'index par Hitler et Mussolini, et l'on comprend aisément
pourquoi vu les valeurs guère nationalistes qu'elle exalte… N'ayant
pas pris une ride, ni sur le fond ni sur la forme, elle reste, et
c'est fâcheux, d'une étonnante actualité.
Exergues
au choix : - " Tous les démocrates du monde doivent voir ce film
" - Franklin Roosevelt, octobre 1937 - " La grande illusion, parce
que je suis pacifiste " - Jean Renoir, 1937 - " Je ne sais pas qui
va gagner cette guerre. La fin, quelle qu'elle soit sera la fin
des Rauffenstein et des Boeldieu " - Von Rauffenstein (Erich von
Stroheim)
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