arte
Delacroix

"La Liberté guidant le peuple"

(1830)

Musée du Louvre
 

La dame à la licorne
David
Duchamp

 


 


Sous les pavés, l'image

Le 26 juillet 1830, Charles X suspend la liberté de la presse, dissout la Chambre et modifie les systèmes électoraux. Trois journées d'émeutes s'ensuivent. Alors âgé de 33 ans, déjà célèbre, Eugène Delacroix assiste aux combats et s'inspire des "Trois Glorieuses" pour réaliser son tableau "La Liberté guidant le peuple". Présentée au Salon de 1831, l'œuvre suscite une polémique. Cette femme armée, femme-messie, un drapeau dans une main, une baïonnette dans l'autre, qui dénude sa poitrine au-dessus du charnier, choque. La nudité obéissait alors à des normes précises. Trop sale, pas assez belle, les critiques reprochent à la Liberté de Delacroix son excès de réalisme. Si le traitement prête à controverse, le sujet, qui met en scène le peuple en armes triomphant, va entraîner la toile dans de multiples pérégrinations. Elle ne retrouvera sa place au Louvre qu'en 1874, bien après la mort du peintre. Le tableau est en effet entièrement situé sous le signe de la liberté. Le bleu, blanc, rouge du ciel, de la cocarde, des drapeaux, et le bonnet phrygien évoquent le souvenir de 1789. En fond, Notre-Dame de Paris symbolise la spontanéité populaire. La foule, où l'on distingue un gavroche, un artisan, un polytechnicien et son bicorne, offre un condensé allégorique de la révolte du peuple. Dans la partie supérieure du tableau, les vivants triomphant dans des teintes claires s'apprêtent à franchir l'espace des morts, enfouis dans l'ombre. A la frontière des deux mondes, les blessés.Toujours selon le principe de cette émission, Alain Jaubert débusque les détails, interprète les symboles, analyse la composition du tableau. Des informations précieuses qui permettent de donner son sens à l'œuvre et d'en apprécier la beauté.

Coproduction : La Sept ARTE, Centre Georges Pompidou et Delta Image (1994)