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Comment filmer Corpus Christi?


Les lieux « saints »
Lorsqu'on pose aux pères dominicains de l'Ecole Biblique et archéologique
de Jérusalem la question :
- Sur un plan historique quels lieux pouvons-nous filmer pour
situer les faits relatés dans les évangiles ?
Ils répondent en souriant :
- Les marches du Temple, le mont des Oliviers et la source où
s'arrêtaient tous les voyageurs entre la Galilée et la Judée
Rien d'autre.
Ce que l'on nomme "les lieux saints" sont des lieux attachés à
l'histoire des pèlerinages ; c'est à dire au mieux vers le Vème
siècle
La "via dolorosa" (le chemin de croix), par exemple, est clairement
datée du XIIème siècle, le "Golgotha" est encore très largement
discuté, le "Calvaire Gordon" propose d'ailleurs un site concurrent
"découvert" par les anglicans au XIXème siècle, il n'y a pas de
traces archéologiques de Nazareth avant la fin du IIème siècle
etc..
Nous nous sommes donc interdits de filmer ces lieux puisqu'ils
ne nous renvoyaient pas à l'histoire relatée dans les évangiles
mais à l'acclimatation de cette histoire, plusieurs siècles plus
tard, dans des lieux présumés


La peinture religieuse
De la même façon, l'immense iconographie chrétienne n'a donné
depuis des siècles que des lectures picturales des épisodes des
évangiles. Aussi magnifiques soient-elles, elles ne sont que des
interprétations religieuses, une sacralisation des textes par
l'image. Ce qui justifierait tout un travail en soi, mais ne saurait
en aucun cas nous guider, nous servir de preuves.
Nous nous sommes donc également interdits d'y avoir recours dans
la mesure où nous ne voulions pas "incarner" tel ou tel personnage
selon la représentation qu'en proposait tel ou tel peintre


Les reliques
Quant aux "reliques" (de la "Vraie Croix", aux clous, en passant
par le "titulus" ou "le suaire de Turin") elles datent toutes
du Moyen-Age (XIIIème et XIVème siècle). Elles témoignent d'une
autre histoire, de la relecture du supplice de Jésus, de sa mort,
à la lumière de la Grande peste qui ravagea l'Europe et modifia
radicalement l'approche des textes et des représentations.
Donc : pas de lieux qui soient fiables historiquement, pas d'images,
pas de preuves matérielles...


Les témoins
Nous avons filmé les seuls témoins indiscutables : les écrits,
les manuscrits, les papyrus les plus anciens comme les éditions
modernes.
Mais nous avons surtout filmé les chercheurs qui, à travers le
monde entier, consacrent leur vie à l'étude de ces textes : les
historiens en premier lieu, historiens du judaïsme ancien, historiens
du christianisme primitif, historiens de la Rome antique, historiens
du texte, mais aussi linguistes, biblistes, épigraphistes, archéologues,
etc
Avec eux, nous avons voulu là aussi nous en tenir à l'écriture
: à sa matière, à sa forme, à son contenu, à ce qu'elle nous dit.
Dans Corpus Christi, il y a donc que de la parole et du texte
La forme de Corpus Christi, par sa radicalité même, nous renvoie
donc sans cesse très précisément à l'objet de notre enquête :
la relation entre la tradition orale et la tradition écrite d'où
est issue l'écriture des évangiles.
Gérard Mordillat et Jérôme Prieur
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