Tokyo Apocalypse
Le Japon est-il
malade? Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, angoisses du monde
moderne et démons ancestraux cohabitent au sein de la trés
hi-tech' société japonaise.
Depuis l'attentat au gaz sarin, en 1994, dans le métro de Tokyo,
perpétré par les dangereux allumés de la secte
Aum, les japonais redécouvrent l'indicible et développent,
au cinéma comme en littérature une véritable "culture
de l'Apocalypse" tiraillée entre cataclysme géologique
et armaggedon nucléaire. Le cinéma, sismographe privilégié,
mesure les pulsations de la conscience japonaise, et révèle
les failles de l'Empire du Soleil Levant.
Kiyoshi Kurosawa, nouveau prodige du cinéma nippon, auteur du
trés remarqué "The Cure", ausculte les grandes
peurs du Japon face au nouveau millénaire.
Kiyoshi Kurosawa
Godzilla a marqué les images d'enfance de ma génération.
D'abord parce qu'avec ces films de monstres l'on assistait pour la
1ère fois à la destruction totale d'une ville.
Godzilla, c'est
le monstre délivré des enfers par l'explosion atomique
Kiyoshi Kurosawa
J'étais bien sûr effrayé à la vue de Godzilla
et des scènes de panique qui étaient rendues dans un
style quasi-documentaire.
Mais je garde surtout en moi une sensation menaçante comme
celle d'une boule de terreur noire qui surgissait des profondeurs
de mon être.
Vous savez, les réalisateurs de ces films ont tous vécu
les horreurs de la seconde guerre mondiale. Ils n'ont pas eu besoin
d'imaginer les scènes de destruction du monde.
Ce sont juste des évènements réalistes enregistrés
par leur mémoire. Le monstre Godzilla traduit lui, symboliquement
le traumatisme collectif de la société japonaise lié
à cette terrible époque.
Ryu MURAKAMI,
lui s'est fait connaitre en Occident avec plusieurs romans dans lesquels
il dénonce ce qu'il appelle "la dégénérescence
de la société japonaise".
Ryu Murakami
Godzilla, c'est bien sûr le monstre comme image symbole de la
peur atomique, mais c'est aussi, avec l'ocupation américaine
et l'ouverture économique du Japon d'après guerre sur
le monde,le stigmate de la peur de l'autre de cet étranger
qui débarquait sur un territoire préservé pendant
2000 ans des invasions venues de l'extérieur.
Des étrangers
symbolisés, comme dans ce film des années soixante par
de méchants extraterrestres encagoulés envahissant notre
bonne vieille planète pour la soumettre à tous leurs caprices.
Kiyoshi Kurosawa
Dans mes films, j'ai essayé de fondre ces peurs d'une menace
extérieure avec mes propres angoisses, plus inquiétantes
parce qu'elles sont invisibles et qu'elles révèlent
en moi des pulsions destructrices.
Cette impuissance à analyser ce qu'on porte en soi ne fait
qu'augmenter notre peur de nous même. C'est un peu le sujet
de "Cure", un virus mental qui dicterait des actes abominables
à notre conscience.
Mais toutes les
peurs du Japon ne sont pas que des fantasmes. Lorsque les lavés
du cerveau de la secte Aum se sont mis en tête de noyer Tokyo
sous du gaz de combat utilisé dans la guerre des tranchées
de la première guerre mondiale, la catastrophe est devenue réalité.
Ryu Murakami
Les Japonais sont toujours inquiets. Et il est difficile de savoir
de quoi ils ont peur. Hier la société Japonaise avait
une confiance aveugle en son avenir.
Mais aujourd'hui son système révèle des dérèglements
économiques. Nous assistons à la fin de l'ère
d'une utopie basée sur le mythe de l'infaillibilité.
L'autre grande peur
niponne, c'est le Big One, le tremblement de terre cataclysmique qui
pourrait détruire l'archipel, fondé sur une énorme
faille sismique.
Kiyoshi Kurosawa
Le Japon est une île qui a toujours été bousculée
par les tremblements de terre. On peut dire qu'ils rythment l'histoire
de notre pays.
D'ailleurs tout le monde chez nous est conditionné par cette
idée de cycles de temps liés aux cataclysmes naturels
mais aussi aux désastres que l'homme engendre, comme la guerre.
On dit que tous les 50 ans doit survenir une catastrophe. Et c'est
la période qui nous sépare à peu près
de la fin de la seconde guerre mondiale.
Le succès remporté au Japon par l'édition des
prophéties de Nostradamus n'est en rien lié aux textes
bibliques de l'Apocalypse, les Japonais ne sont pas concernés
par la pensée chrétienne.
C'est plutôt le symbolisme des chiffres qui les a fascinés.
Il y a des coincidences troublantes avec des évènements
de l'Histoire japonaise mais aussi des dates de tremblements de terre,
comme celui de 1923.
Il est troublant de voir les cycles de cataclysmes s'accorder avec
les Prophéties de Nostradamus.
Mystiques ou millénaristes?
Les Japonais guettent le moindre signe de mauvais augure dans un attentisme
inquiet. Et le cinéma de ces dernières années n'en
finit plus de relayer ces obsessions de destructions et de fin du monde.
Du Manga au ciné
cyborg, les réalisateurs indépendants s'emparent de ces
psychoses pour en nourrir leurs tourments créatifs. Quel est
votre cauchemar le plus obsédant?
Ryu Murakami
Chez nous on dit qu'il faut éviter de parler de ses cauchemars
Ce sont des images de notre planète qui explose, de la fin
de l'humanité. Ce n'est pas très agréable d'en
parler.
Links
Kiyoshi Kurosawa
http://us.imdb.com/Name?Kurosawa,+Kiyoshi
A propos du film Cure
http://www.ecrannoir.com/films/97/cure.htm
Ryu Murakami : une bibliographie à downloader
http://www.prolynx.com/hedonism/d_load/
Ryu disease (uniquement en japonais)
http://210.161.169.157/
Un interview avec Ryu Murakami
http://www.shincho.net/magazines/shincho/9707/ryu_steve.html