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    04 février 2000

Tokyo Apocalypse

Le Japon est-il malade? Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, angoisses du monde moderne et démons ancestraux cohabitent au sein de la trés hi-tech' société japonaise.
Depuis l'attentat au gaz sarin, en 1994, dans le métro de Tokyo, perpétré par les dangereux allumés de la secte Aum, les japonais redécouvrent l'indicible et développent, au cinéma comme en littérature une véritable "culture de l'Apocalypse" tiraillée entre cataclysme géologique et armaggedon nucléaire. Le cinéma, sismographe privilégié, mesure les pulsations de la conscience japonaise, et révèle les failles de l'Empire du Soleil Levant.
Kiyoshi Kurosawa, nouveau prodige du cinéma nippon, auteur du trés remarqué "The Cure", ausculte les grandes peurs du Japon face au nouveau millénaire.

Kiyoshi Kurosawa
Godzilla a marqué les images d'enfance de ma génération. D'abord parce qu'avec ces films de monstres l'on assistait pour la 1ère fois à la destruction totale d'une ville.

Godzilla, c'est le monstre délivré des enfers par l'explosion atomique

Kiyoshi Kurosawa
J'étais bien sûr effrayé à la vue de Godzilla et des scènes de panique qui étaient rendues dans un style quasi-documentaire.
Mais je garde surtout en moi une sensation menaçante comme celle d'une boule de terreur noire qui surgissait des profondeurs de mon être.
Vous savez, les réalisateurs de ces films ont tous vécu les horreurs de la seconde guerre mondiale. Ils n'ont pas eu besoin d'imaginer les scènes de destruction du monde.
Ce sont juste des évènements réalistes enregistrés par leur mémoire. Le monstre Godzilla traduit lui, symboliquement le traumatisme collectif de la société japonaise lié à cette terrible époque.

Ryu MURAKAMI, lui s'est fait connaitre en Occident avec plusieurs romans dans lesquels il dénonce ce qu'il appelle "la dégénérescence de la société japonaise".

Ryu Murakami
Godzilla, c'est bien sûr le monstre comme image symbole de la peur atomique, mais c'est aussi, avec l'ocupation américaine et l'ouverture économique du Japon d'après guerre sur le monde,le stigmate de la peur de l'autre de cet étranger qui débarquait sur un territoire préservé pendant 2000 ans des invasions venues de l'extérieur.

Des étrangers symbolisés, comme dans ce film des années soixante par de méchants extraterrestres encagoulés envahissant notre bonne vieille planète pour la soumettre à tous leurs caprices.

Kiyoshi Kurosawa
Dans mes films, j'ai essayé de fondre ces peurs d'une menace extérieure avec mes propres angoisses, plus inquiétantes parce qu'elles sont invisibles et qu'elles révèlent en moi des pulsions destructrices.
Cette impuissance à analyser ce qu'on porte en soi ne fait qu'augmenter notre peur de nous même. C'est un peu le sujet de "Cure", un virus mental qui dicterait des actes abominables à notre conscience.

Mais toutes les peurs du Japon ne sont pas que des fantasmes. Lorsque les lavés du cerveau de la secte Aum se sont mis en tête de noyer Tokyo sous du gaz de combat utilisé dans la guerre des tranchées de la première guerre mondiale, la catastrophe est devenue réalité.

Ryu Murakami
Les Japonais sont toujours inquiets. Et il est difficile de savoir de quoi ils ont peur. Hier la société Japonaise avait une confiance aveugle en son avenir.
Mais aujourd'hui son système révèle des dérèglements économiques. Nous assistons à la fin de l'ère d'une utopie basée sur le mythe de l'infaillibilité.

L'autre grande peur niponne, c'est le Big One, le tremblement de terre cataclysmique qui pourrait détruire l'archipel, fondé sur une énorme faille sismique.

Kiyoshi Kurosawa
Le Japon est une île qui a toujours été bousculée par les tremblements de terre. On peut dire qu'ils rythment l'histoire de notre pays.
D'ailleurs tout le monde chez nous est conditionné par cette idée de cycles de temps liés aux cataclysmes naturels mais aussi aux désastres que l'homme engendre, comme la guerre.
On dit que tous les 50 ans doit survenir une catastrophe. Et c'est la période qui nous sépare à peu près de la fin de la seconde guerre mondiale.
Le succès remporté au Japon par l'édition des prophéties de Nostradamus n'est en rien lié aux textes bibliques de l'Apocalypse, les Japonais ne sont pas concernés par la pensée chrétienne.
C'est plutôt le symbolisme des chiffres qui les a fascinés. Il y a des coincidences troublantes avec des évènements de l'Histoire japonaise mais aussi des dates de tremblements de terre, comme celui de 1923.
Il est troublant de voir les cycles de cataclysmes s'accorder avec les Prophéties de Nostradamus.

Mystiques ou millénaristes? Les Japonais guettent le moindre signe de mauvais augure dans un attentisme inquiet. Et le cinéma de ces dernières années n'en finit plus de relayer ces obsessions de destructions et de fin du monde.

Du Manga au ciné cyborg, les réalisateurs indépendants s'emparent de ces psychoses pour en nourrir leurs tourments créatifs. Quel est votre cauchemar le plus obsédant?

Ryu Murakami
Chez nous on dit qu'il faut éviter de parler de ses cauchemars
Ce sont des images de notre planète qui explose, de la fin de l'humanité. Ce n'est pas très agréable d'en parler.

Links
Kiyoshi Kurosawa
http://us.imdb.com/Name?Kurosawa,+Kiyoshi
A propos du film Cure
http://www.ecrannoir.com/films/97/cure.htm
Ryu Murakami : une bibliographie à downloader
http://www.prolynx.com/hedonism/d_load/
Ryu disease (uniquement en japonais)
http://210.161.169.157/
Un interview avec Ryu Murakami
http://www.shincho.net/magazines/shincho/9707/ryu_steve.html

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